Connexion Premium

À l’IGN, « l’avenir de la carte » passe par Panoramax, les communs et jumeaux numériques

Le retour des punks à chien, c’est pas commun

À l’IGN, « l’avenir de la carte » passe par Panoramax, les communs et jumeaux numériques

Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN, profite de l’université de la Transition Numérique des Territoires pour parler de sujets dans l’air du temps : les communs et jumeaux numériques, ainsi que le concurrent maison de Street View, Panoramax.

En janvier 2024, une start-up d’État soutenue par l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), Etalab et OpenStreetMap proposait une alternative libre à Google Street View : Panoramax. La base de données comportait alors 14 millions de photos de 174 contributeurs, pour une distance de 90 000 km. Chacun peut déposer ses photos, sur un système décentralisé : « l’hébergement des photos est réparti entre plusieurs acteurs, chacun stockant des photos sur son serveur (on parle d’instance) », rappelle le projet.

Panoramax : 71 millions d’images et 673 000 km

Aujourd’hui, ce sont plus de 71 millions de photos provenant d’environ 1 500 contributeurs qui sont sur Panoramax, pour une distance totale de 673 000 km. Le premier contributeur avec 7,2 millions d’images est l’entreprise Sogefi, spécialisée dans la géomatique. La métropole européenne de Lille est deuxième avec 6,6 millions et StephaneP troisième avec 4,9 millions.

Nous retrouvons d’autres collectivités dans le classement : l’Eurométropole de Strasbourg est 6ᵉ avec 2,9 millions de photos, le conseil départemental de la Côte-d’Or est 8ᵉ avec 1,3 million (dont 700 000 dans les 30 derniers jours), le département de la Haute-Vienne 14ᵉ avec 1 million, etc.

Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN, précisait lors de sa présentation que la Côte-d’Or s’était même engagée à photographier toutes les routes et à les « verser dans Panoramax ». Sébastien Soriano connait bien le monde des télécoms puisqu’il a été président de l’Arcep.

Il ajoute que, en moins de deux ans, ce sont « 500 000 km de voiries » qui ont été photographiés (mais avec certaines prises plusieurs fois en photo), soit près de la moitié du million de km de voies diverses (nationales, départementales…) que compte le territoire. Le but est évidemment de cartographier toutes les routes de France pour devenir une alternative à Street View, mais pas uniquement.

Panoramax vise bien plus large :

« Le projet accepte toutes les photos qui peuvent être utiles à des usages divers et variés. Le projet ne se limite pas à des vues depuis la rue. Vous pouvez même photographier les réseaux des égouts si cela a un intérêt pour vous. La seule limite est celle de votre imagination et de ce que vous pourriez faire de ces photos ».

Les communs : « ce ne sont pas que des punks à chien »

Sébastien Soriano prend l’exemple de Panoramax de l’IGN pour parler d’un sujet plus vaste : les communs numériques. Ils sont désignés par certains comme des piliers de la souveraineté. Le Conseil national du numérique en donne la définition suivante (reprise de celle de Sébastien Shulz ) : « une communauté de producteurs et d’utilisateurs qui gèrent une ressource numérique en vue de son enrichissement dans le temps à travers des règles de gouvernance conjointement élaborées et dont ils protègent le libre accès face aux tentatives d’appropriation exclusive ».

Pour le patron de l’IGN, le levier des communs (et du logiciel libre de manière générale) peut être « utilisé par des gens qui sont en position de challenger. Ils cherchent à atteindre la masse critique d’une manière différente que la plateforme dominante ». « Le système le plus simple, c’est l’ouverture. Les communs numériques, c’est une alternative quand on est challenger pour recréer de la masse critique et peser contre les acteurs dominants  […] Les communs, ce ne sont pas que des punks à chien, c’est une stratégie industrielle », ajoute-t-il. Cette stratégie doit s’installer, mais sans remettre en cause les modèles de business existants ; un équilibre pas toujours simple.

Un exemple (ancien) : Google qui rachète Android pour se lancer dans le smartphone. Un autre avec les États-Unis face aux équipementiers télécoms chinois comme Huawei (et l’absence de concurrents étasuniens) : l’OpenRAN (Réseau d’Accès Radio Ouvert) « avec du logiciel qui va tourner de manière indifférenciée ». Cette architecture réseau « permet, via des protocoles et des interfaces ouverts, de construire des réseaux d’accès radio multi-vendeurs intelligents », explique Orange.

Sébastien Soriano veut aller plus loin avec les communs numériques : « Nous allons proposer la mise en place d’une fabrique de la donnée territoriale pour pouvoir collaborer et relever des défis ». Un projet bien connu dans cette idée est la base adresse nationale.

Les jumeaux numériques « c’est l’avenir de la carte »

Dernier point abordé par le patron de l’IGN : les jumeaux numériques. « Ce n’est pas un jouet, c’est l’avenir de la carte ». Ils permettront de « lire le territoire et de mesurer les conséquences de ses actes. La force du jumeau numérique, c’est de proposer des simulations ».

Il cite un exemple : « Si dans une forêt de chênes, je mets des hêtres et qu’il fait + 3 °C dans 50 ans, qu’est-ce que ça me donne comme prélèvement potentiel de bois ? ». Le jumeau numérique devrait permettre de répondre à ce type de question.

Avec Inria et le Cerema, l’IGN a mis en place un consortium : « nous sommes en discussions très avancées avec France 2030 pour obtenir un financement dans un consortium public-privé, avec l’idée de développer des briques technologiques qui pourront être utilisées par tout un écosystème ». Elles seront « évidemment open-source ».

Commentaires (18)

votre avatar
Panoramax est une super initiative, mais il y a encore du boulot en terme d'ergonomie pour concurrencer Street View.

En attendant, avec l'aide de l'IA, c'est une super source de données pour alimenter de l'open data sur les aménagements de voirie (par exemple, répertorier tous les trottoirs qui ne permettent pas à un fauteuil roulant de passer).
votre avatar
Le but n'est pas seulement de concurrencer Street View, mais aussi de la compléter en couvrant les voies privées, les parcs d'activités, les voies piétonnes etc. ...
On peut aussi suivre les chantiers en passant quand on en a besoin.
Enfin ça permet d'avoir les droits sur les images, car google c'est bien pour consulter, mais ça coute une fortune pour les utiliser, et on est dépendant de leur mises à jour. c'est effectivement un super projet.
votre avatar
L'idée n'est pas de concurrencer, mais d'avoir une alternative qui soit:

  • libre et 100% ouverte (données ET code : https://gilab.com/panoramax)

  • décentralisée (de multiples serveurs/instance Panoramax, accessibles via un "méta-catalogue" qui les fédère).



Les photos sont réutilisables (sous Licence Ouverte ou CC-BY-SA en fonction de l'instance où elles sont publiées).

Pour l'accessibilité, il y a déjà des travaux de faits, comme la détection des panneaux des stationnements PMR: https://forum.openstreetmap.fr/t/detection-des-stationnements-pmr-a-partir-de-panoramax/20627 ou ce challenge https://acceslibre.beta.gouv.fr/challenges/ pour ajouter une photo à la description des ERP.
votre avatar
Est-il requis de donner son identité réelle pour pouvoir téléverser les images ?
votre avatar
pas du tout. Ca marche par pseudo.
votre avatar
♪ C'est bête je l'aimais bien
Il s'appelait Vicious
Il savait tendre la patte
Et compter la monnaie
Et faire la différence entre
Un skin et un vieux ♫
:musicos:
votre avatar
votre avatar
C'est un bon remplaçant de Kartaview & Mapillary, j'ai jamais eu la motivation de migrer mes photos... Faudrait pourtant
votre avatar
Sur le forum, y a qqn qui se propose de le faire pour les gens et c'est bien appréciable. https://forum.openstreetmap.fr/t/exportez-en-masse-vos-sequences-mapillary/22160/12
votre avatar
Et tout le monde peut y contribuer.
L'idéal c'est une caméra 360°, mais on peut déjà commencer à y participer avec une application pour smartphone, comme Baba : play.google.com Google

Si la majorité des contributions sont des séquences prises en déplacement (vélo, voiture, à pied), c'est tout à fait possible de contribuer sur des thématiques propre à chacun : boites à livre, appuis vélo, bornes de recharges pour VE, zones de jeux pour enfants, etc...

Toutes ces photos sont très utiles pour améliorer OpenStreetMap.
votre avatar
Puisqu'on parle des communs, il y en a un autre qui a démarré en France : Centipede-RTK. Il s'agit d'un réseau pour la géolocalisation GNSS de précision (quelques centimètres). Il est utilisé par des agriculteurs, des géomètres, collectivités locales, droniste, des contributeurs à Panoramax, OpenStreetmap, etc...

@SébastienGavois si tu veux en savoir plus, tu peux me contacter.
votre avatar
Ha oui ! y’a pas une présentation au dernier FRnOG ?
votre avatar
Exact, par Pierre Beyssac, et Bill Woodcock de PCH !
votre avatar
Donc oui j’ai un truc sur ma todo… et j’hésiterais pas quand j’aurais avancé dessus !
Merci :)
votre avatar
Très heureux de voir le revirement à 180° de l'IGN, qui protégeait jalousement ses données il y a encore une dizaine d'années.
votre avatar
Les relevés laser aéroportés librement et facilement accessibles sur tout le territoire (lidar hd de l'IGN) sont une dinguerie avec le logiciel Cloudcompare. Idem les MNT qui sont des plans topo 3d du sol à 50cm de résolution facilements exploitables avec QGIS (logiciel libre aussi...)
votre avatar
C'est surtout venu d'un changement légal au niveau de l'Europe (directive "Inspire") :
ecologie.gouv.fr République Française
votre avatar
Tout à fait, merci pour le rappel. Cela dit, l'IGN a complètement embrassé cette directive. Elle aurait aussi pu l'appliquer en trainant des pieds, rendant l'utilisation des données compliquée. Ce n'est pas du tout le cas, et c'est à saluer.