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[MàJ] Chat Control : le projet de surveillance des messageries a (encore) du plomb dans l’aile

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[MàJ] Chat Control : le projet de surveillance des messageries a (encore) du plomb dans l’aile

Le projet controversé Chat Control, que la Commission peine à faire adopter depuis trois ans, était « l'une des priorités phares » du Danemark, qui préside le Conseil de l'UE. Mais sauf retournement de situation, l'adoption du texte semble improbable. L'ONG EDRi reproche au Danemark de n'avoir pas cherché à faire de compromis, et de l'avoir réduit à « un exercice de relations publiques [plus] qu'à une véritable volonté de faire avancer les choses », au point qu' « il est évident que les Danois courent à un nouvel échec ».

Le 11 septembre 2025 à 10h35

Mise à jour du 11 septembre : une représentante du ministère fédéral allemand de l'Intérieur a déclaré hier que « la position danoise ne pouvait pas être soutenue à 100 pour cent », et qu'il s'opposait par exemple à son approche du chiffrement. L'objectif de l'Allemagne serait dès lors d'élaborer une proposition de compromis commune, « notamment afin d'éviter que le règlement provisoire n'arrive à expiration ».

Le Luxembourg se serait lui aussi rangé du côté des opposants, ce qui fait dire à Patrick Breyer que « la minorité de blocage nécessaire pour stopper ce plan de surveillance de masse illégal semble assurée (pour l'instant) ».


Dans l'impasse depuis trois ans, le projet de règlement européen « établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants » (CSA), « projet de loi européen le plus critiqué de tous les temps » dont nous avons moult fois eu l'occasion de narrer la saga, est de nouveau à l'agenda bruxellois.

Le Danemark, qui a pris la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne le 1er juillet 2025, avait présenté le projet « comme l'une de ses priorités phares », relève European Digital Rights (EDRi), qui fédère les principales ONG de défense des droits et libertés numériques européennes.

La timeline documentée par l'ex-eurodéputé pirate Patrick Breyer, qui se bat contre ce projet depuis des années, indique que les pays membres de l'UE sont censés se positionner le 12 septembre à l'occasion d'une discussion du groupe de travail du Conseil sur l'application de la loi. Son adoption par les ministres de l'Intérieur de l'UE est quant à elle prévue le 14 octobre 2025.

Surnommé #ChatControl par ses opposants, le règlement obligerait les fournisseurs de service (y compris les messageries chiffrées) à scanner les photos, vidéos et textes de leurs utilisateurs, sur leurs terminaux, avant qu'ils ne puissent les envoyer.

Une fonctionnalité de « client-side-scanning » (CSS, ou « balayage ») viserait à comparer leurs empreintes (hash) à celles de contenus d'ores et déjà répertoriés dans les bases de données policières de contenus à caractère pédosexuel, comme l'explique l'ex-policier de la DGSI Christophe Boutry sur le site stopchatcontrol.fr qu'il a lancé cet été.

Pour la troisième fois en trois ans, plus de 600 cryptographes, chercheurs en sécurité et scientifiques de 35 pays viennent par ailleurs de co-signer une lettre ouverte expliquant ce pourquoi ce projet de scan massif des messages privés est « techniquement irréalisable », constitue un « danger pour la démocratie » et « compromettra totalement » la sécurité et la vie privée de tous les citoyens européens., relève Patrick Breyer.

Ses opposants estiment que le projet reviendrait à installer une porte dérobée (backdoor) et donc à casser le chiffrement de bout-en-bout, puisqu'il devrait s'appliquer aux messageries chiffrées. Si le texte précise bien qu'il ne saurait aller à l'encontre du chiffrement de bout-en-bout, il n'explique pas comment, techniquement, ce CSS pourrait être implémenté, et fonctionner. D'autant qu'il est aussi question de scanner les contenus encore « inconnus » des autorités, tels que les deepfakes générés par IA.

15 pays pour, 6 contre, 6 indécis

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Commentaires (4)

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Peut-être que Chat Control n’aboutira pas en l’état. Peut-être que ses promoteurs connaîtront un nouvel échec. Mais chaque tentative laisse une trace : c’est une pierre de plus jetée contre l'édifice de notre droit à la vie privée, contre un chiffrement fort, une atteinte supplémentaire à nos libertés numériques, dans une tendance lourde qui banalise la régulation au prix d’un risque de surveillance de masse.

Comprendre, s’informer et s’opposer à ces « ballons d’essai », même s’ils échouent, c’est rester vigilants et mobilisés. S’opposer à Chat Control, c’est peser dans le débat public : interpeller nos élus, informer nos proches, signer et partager la pétition ➡️ https://www.change.org/nonchatcontrol
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change.org ça vaut rien et ils volent nos données
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Si ces États membres se soucient réellement de la protection des enfants en ligne, il est clair qu'une autre solution, légale et techniquement réalisable, sera nécessaire
On pourrait presque croire que la protection des enfants n'est qu'une excuse pour arriver à leurs fins. Mais ils n'oseraient jamais faire ça, impossible.
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Merci pour l'article est la mise à jour.

[MàJ] Chat Control : le projet de surveillance des messageries a (encore) du plomb dans l’aile

  • 15 pays pour, 6 contre, 6 indécis

  • Sauf retournement de situation, l'adoption du texte semble improbable

  • Le Danemark s'est montré peu disposé à trouver un compromis

  • Un « filtrage massif et obligatoire des messages privés des citoyens »

  • Les messageries chiffrées devraient analyser les contenus avant leur transmission

  • « Il est évident que les Danois courent à un nouvel échec »

  • Un manque de courage politique problématique

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