Jean-Gabriel Ganascia : avec l’IA, “l’espace public est en train de disparaître”
Lucidité, refus, ironie, obstination
Le 25 septembre, Next a lancé son premier podcast, Algorithmique, dédié aux enjeux de l’intelligence artificielle. Une semaine sur deux, entre chaque épisode, les abonnés pourront écouter en intégralité l’un des entretiens qui a servi à sa fabrication, ou lire sa retranscription.
Le 02 octobre 2024 à 16h16
64 min
IA et algorithmes
IA
Professeur à la Faculté des sciences de Sorbonne Université et chercheur au Lip6, où il travaille sur l'intelligence artificielle depuis de nombreuses années, Jean-Gabriel Ganascia est aussi philosophe, et auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation, parmi lesquels Le mythe de la singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ? (Seuil, 2017), Servitudes virtuelles (Seuil, 2022) et L’IA expliquée aux humains (Seuil, 2024).
Dans cet entretien, il détaille les notions d'intelligence, de conscience (artificielle ou non), de biais, évoque l'histoire de l'IA, la fabrication du règlement européen sur l'intelligence artificielle, et se penche sur les risques que pose le domaine de l'IA.
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Jean-Gabriel Ganascia : avec l’IA, “l’espace public est en train de disparaître”
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Qu’est-ce que l'intelligence artificielle?
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L’IA n’a donc rien de neuf ?
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Est-ce qu’il n’y a pas, tout de même, une différence entre le champ de recherche scientifique – qui chercherait à mieux comprendre l'intelligence humaine – et la partie applicative, à la fois scientifique, mais aussi économique ?
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Il y a eu le jeu d’échec, le jeu de go… Pendant très longtemps, et peut-être même encore aujourd’hui, c’est spécifiquement le jeu qui a servi d'étalon pour dire à quel point les machines arrivaient à produire de l'intelligence artificielle. Pourquoi ?
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Récemment, ce qui fait le plus de bruit en matière d’intelligence artificielle, c'est l'arrivée des modèles génératifs. Ces derniers représentent-ils une rupture dans les réflexions sur l'intelligence artificielle qui ont lieu depuis 70 ans, ou en sont-ils la continuité ?
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En quoi les modèles génératifs nous aident-ils à mieux comprendre l'intelligence humaine ?
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Ce qui a surpris, c'est la qualité des résultats ?
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Parmi les problématiques que ces modèles ont rendues visibles, mais qui étaient déjà largement étudiées dans le milieu scientifique, il y a toute la question des biais… On a vu Chat GPT dire que les femmes ne pouvaient pas faire tel métier, alors que les hommes si, Midjourney produire des images extrêmement stéréotypées de ce qu’était une banlieue, en produisant des clichés de destruction. Tout cela a permis de discuter de cette notion de biais, qui est plus compliquée que ce qu'on pourrait croire.
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Là, quand vous dites discrimination, c'est au sens tout à fait classique de discrimination sociale, sans prendre en compte les seuls résultats de la machine ?
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Est-ce que la notion de biais n'est pas aussi floue parce que derrière, on peut y mettre un sens statistique, parfois un sens économique, ou social, et que les trois ne sont pas réductibles ensemble ?
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En 2016, vous publiiez Le mythe de la singularité. Depuis, l'intelligence artificielle générative a émergé et fait revenir le même type de débats qu’à l’époque. Pour résumer, pourquoi l'idée que la machine ait une conscience, comme le disaient Blake Lemoine et d’autres, n’a pas de sens ?
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Vu la classification des trois concepts que vous faites, quand Blake Lemoine dit que Bert ou LaMDA sont conscients, en réalité, il est en train de projeter sur les résultats de la machine ?
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Beaucoup des discours qui parlent de cette potentielle conscience des machines sont formulés sur un ton inquiétant, mais le sont aussi souvent par la voix de gens qui travaillent dans le domaine. Soit ils y travaillent d’un point de vue scientifique, soit ils le promeuvent d'un point de vue économique... Comme s'ils expliquaient que c'est parce que les machines risquent de nous dépasser qu’il faut continuer de travailler dessus… Comment expliquez-vous ce paradoxe?
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En 2016, vous terminiez votre livre sur une question ouverte : « Comment faire pour que les peurs métaphysiques ne masquent pas les dangers réels » ? Est-ce qu’entre temps vous avez trouvé la réponse ?
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On ne sort pas de la démarche scientifique dans un cas comme ça ?
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Quels sont les dangers réels dont on devrait plutôt s’occuper, plutôt que de se pencher sur ces discours-là ?
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Plus que leurs effets sur le monde du travail ?
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Pour se pencher sur les problématiques réelles dont vous parliez tout à l'heure, il y a eu beaucoup de réflexions, dans le milieu, ce qui a notamment mené à l’émergence du champ de l'éthique de l'intelligence artificielle. Dans Servitudes Virtuelles, que vous avez publié en 2022, vous expliquez que malheureusement, beaucoup des principes de cette éthique tirés de la médecine ne sont pas adaptés au champ de l'IA. Pourquoi ?
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Pour rester sur l’AI Act, une autre approche que l'approche par les risques aurait-elle été plus efficace selon vous ? Aurait-il plutôt fallu travailler par industrie, par secteur…
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À la fin de Servitudes Virtuelles, vous proposiez des principes formulés par Camus. Est-ce que vous pouvez nous les rappeler, et nous dire si, quelques années plus tard, ces derniers vous semblent toujours être de bons guides ?
Commentaires (13)
Modifié le 02/10/2024 à 16h40
En plus j'ai tout compris donc merci !
Le 02/10/2024 à 18h39
Je pense que j'attendrai l'écrit la prochaine fois, même si ça fait long à lire.
Le 03/10/2024 à 00h02
Le 02/10/2024 à 19h08
En tout cas, en lisant l'article en anglais sur l'hypertext, ça m'a permis de remarquer qu'Hypercard d'Apple date de 1987 et le Web seulement de 1989. Apple était pas mal à l'époque sur les innovations techniques.
Modifié le 03/10/2024 à 11h04
L'aboutissement de ça, ça me parait pas être le web dans son ensemble comme on le connait aujourd'hui mais plutôt les Wikis. OneNote, et autre systèmes proposés pour organiser ce qu'on sait et pouvoir le retrouver plus facilement.
EDIT: pas d'infos sur le "programmé avec de l'intelligence artificielle" qui me parait pas à sa place ici.
Le 03/10/2024 à 11h04
Par contre, j'ai du mal à dire que c'est de l'intelligence artificielle.
Je trouve qu'il fait des raccourcis en particulier parce que autant dans l'organisation des liens web qu'hypertextes, c'est l'humain et pas la machine qui crée et organise les liens.
Oui, la fonction mémoire d'un être vivant fait partie de l'intelligence, mais si elle est organisée par un humain pour être restituée par un programme informatique (logiciel traitant de l'hypertexte (comme hypercard) ou un navigateur web) pour moi, cette partie de l'intelligence n'est pas artificielle, seul le stockage l'est et on ne définit pas un système de fichiers ou une base de données comme étant de l'intelligence artificielle.
Le 03/10/2024 à 11h19
Ou alors que chaque élément hypertexte est considéré comme un neurone.
Je sais pas trop.
Ou alors ça se base sur les travaux de Ted Nelson avec son Projet Xanadu et ses bouquins genre Literary Machines
Le 02/10/2024 à 21h11
Le 03/10/2024 à 10h00
Ce matin un rafraichissement F5 sur la page d'accueil de next
Quand comptez vous dégager cette "fonctionnalité" qui il me semble n'est utile à personne ?
Ça commence à me saouler, j'ai beau signaler à répétition, ça revient régulièrement.
Par avance merci.
Le 04/10/2024 à 17h56
Le 04/10/2024 à 18h43
Le 03/10/2024 à 10h57
J'y vois l'intérêt de voire le travail du journaliste : quand son article condensé vient en fait d'une interview longue ça donne de la matière...
Et de revenir à la source : dans les commentaires (souvent critiques) du lectorat de Next, il y a pas mal d'affirmations péremptoires, des lieux communs, issus de gros médias, etc... et là avoir la parole directe du chercheur qui bosse depuis des lustres sur un sujet donne une légitimité au journaliste. (c'est pas parfait, et l'ère de la post-vérité nous amène à douter des paroles d'expert.es, mais c'est mieux que rien).
Le 04/10/2024 à 17h56
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