#Le brief du 30 avril 2026

YouTube généralise le mode « image dans l’image » gratuit dans ses apps mobiles

L’application mobile de YouTube va finalement permettre aux utilisateurs du monde entier de regarder une vidéo dans une vignette par-dessus l’interface de son smartphone ou d’une autre app (picture-in-picture), sans avoir à payer un abonnement Premium.

Fini les manipulations douteuses, exit les bidouilles de fortune, terminé les sorts de magie noire à base de sang de poulet séché jeté au sommet d’un volcan en fusion. YouTube a en effet annoncé que la fonction « image dans l’image » va se déployer auprès de tous les utilisateurs de son app mobile (iOS et Android) partout dans le monde « dans les prochains mois ». L’attente reste donc de mise, néanmoins cela reste une bonne nouvelle.

La fonction permet de continuer à regarder une vidéo YouTube en dehors de l’application. Elle bascule alors dans un format vignette que l’on peut agrandir ou réduire, tout en continuant à faire autre chose avec son smartphone. Ce « picture-in-picture » (PiP) est une fonction de base pour les apps vidéo depuis des années (dès 2015 sur les iPad sous iOS 9, à partir de 2020 sur les iPhone avec iOS 14, à partir d’Android 8 Oreo en 2017), mais elle est parfois bloquée derrière un paywall.

Chez Netflix, les abonnés à l’offre avec pub en sont privés, par exemple. Chez YouTube, il faut avoir souscrit à une formule payante pour en profiter… sauf aux États-Unis où tous les utilisateurs en bénéficient sans frais supplémentaires (depuis 2021 sur iPhone). Le reste du monde doit passer à la caisse, ou une bidouille bancale.

Ces dernières années, Google avait sporadiquement testé le PiP en Europe gratuitement chez une poignée d’utilisateurs, sans officialiser la fonction. C’est désormais chose faite. « Pour les utilisateurs en dehors des États-Unis, vous avez désormais accès au mode image dans l’image pour les contenus longs, hors musique, sur Android et iOS », écrit YouTube. Les vidéos musicales restent à l’écart, c’est un privilège toujours exclusif à Premium.

Le studio Spiders en liquidation suite à la chute de Nacon

Nouveau coup dur pour l’industrie française du jeu vidéo. Les difficultés d’Ubisoft font régulièrement la une de l’actualité, mais un autre acteur est en grand danger : le groupe Nacon, planté par sa maison mère BigBen Interactive. Un de ses studios, Spiders, vient de mettre la clé sous la porte.

Nacon est un nom qui compte dans le secteur du jeu vidéo en France. Distributeur de périphériques gaming, l’entreprise exerce également une importante activité d’édition : on lui doit plusieurs succès récents, comme RoboCop: Rogue CityHell is Us, les simulations de rallye WRC, ou encore l’adaptation officielle du Tour de France. Autrement dit, du AA au sens large : des jeux aux budgets intermédiaires visant à la fois le grand public et une niche de fans.

Depuis le début de l’année, La situation financière est bien mal engagée. Bigben Interactive, la maison mère de Nacon, avait alerté le 17 février d’un refus de ses créanciers d’un aménagement des modalités de remboursement partiel sur une dette de 43 millions d’euros. Effet domino : le 25 février, Nacon procédait à une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Lille Métropole, qui a ouvert une procédure de redressement judiciaire le 3 mars.

Vingt jours plus tard, quatre des filiales de Nacon sollicitaient auprès du même tribunal l’ouverture de procédures de redressement judiciaire (PDF). Il s’agit des studios Cyanide (racheté en 2018), KT Racing (anciennement Kylotonn, aussi racheté en 2018), Spiders (racheté en 2019) et Nacon Tech, qui s’est spécialisé dans la motion capture. Selon Origami, Nacon avait l’intention de rebondir en cédant deux de ses filiales, à savoir Spiders et Nacon Tech, d’ici la mi-avril.

Malheureusement, aucun chevalier blanc n’est venu à leur rescousse. Par conséquent, Spiders va fermer ses portes. « Allons droit au but pour éviter toute ambiguïté : après une longue période sans réponses claires, nous avons reçu la confirmation que Spiders est en liquidation », confirme le studio. « Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que l’entreprise, dans son ensemble, n’existe plus. Nous cessons immédiatement nos activités ».

Steelrising, autre jeu Spiders sorti en 2022, se déroule durant une Révolution française uchronique où le joueur se bat contre l’armée d’automates de Louis XVI.

Spiders a été fondée à Paris en 2008. Après quelques piges pour Xbox, le studio s’est spécialisé dans les jeux de rôle : Of Orcs and Men avec Cyanide en 2012, Mars: War Logs l’année suivante, puis sa suite spirituelle The Technomancer. En 2019, GreedFall est assez bien accueilli et, trois ans plus tard, dépassait les deux millions de copies vendues. Le second volet, The Dying World, est sorti le 10 mars dernier. L’extension prévue sortira bien chez Nacon, mais ce sera complètement terminé pour Spiders par la suite. En interne, la dégradation des conditions de travail et des négociations salariales bloquées ont débouché sur une grève en 2024. 

Nacon n’a pas voulu commenter la fermeture du studio, ni l’impact que cela aura sur le reste de la procédure judiciaire en cours. Mais, ça n’augure rien de très bon. Le groupe a d’ailleurs reporté (PDF) la publication de son chiffre d’affaires pour l’année fiscale 2025/2026 au 18 mai, et celle des comptes annuels pour le 20 juillet.

45 ans plus tard, Microsoft publie le code source de 86-DOS 1.00

Quand la publication d’une archive prend des accents de découverte archéologique : Microsoft a annoncé lundi 28 avril la publication du « plus ancien code source DOS jamais découvert ». Le code en question fait effectivement figure d’antiquité à l’échelle de l’informatique moderne : il est daté du 28 avril 1981, et recouvre le noyau ainsi que certains composants clés de 86-DOS 1.00, le système d’exploitation écrit par Tim Paterson qui donnera naissance, quelques mois plus tard, à la première mouture de MS-DOS.

Hébergé sur GitHub, le répertoire dédié est baptisé « Paterson Listings », en référence aux sorties papier d’imprimante qui ont permis à ces lignes de code historiques de traverser l’histoire. Ce projet de conservation prend en effet naissance dans un email de Tim Paterson à Len Shustek, ancien président du conseil d’administration du célèbre Computer History Museum de Mountain View, en Californie.

Paterson y explique avoir retrouvé le code source de certaines des premières versions de MS-DOS, progressivement mises à disposition du public via le site du musée, puis directement sur GitHub par Microsoft en 2018. Dans cet email, Paterson signale aussi avoir retrouvé « une pile de 15 cm d’impressions de listes d’assembleur pour certains de ces programmes et probablement d’autres programmes connexes ».

C’est la numérisation de cette pile de papier qui permet aujourd’hui la publication, sous licence MIT, du code source de 86-DOS 1.00, de son noyau, et de certains utilitaires comme CHKDSK. La valeur de l’ensemble dépasse largement la simple capacité à compiler une vénérable antiquité logicielle, selon Microsoft :

« Il est également important de noter que ces documents ne sont pas de simples versions de système d’exploitation au sens traditionnel du terme. Dans plusieurs cas, il s’agit de documents représentant des états de travail à un instant T et des notes manuscrites, conservées par Tim Paterson lui-même. On peut les comparer à un historique des modifications d’un dépôt Git. Ils retracent la chronologie des changements, indiquant quelles fonctionnalités ont été implémentées, à quel moment, quelles erreurs ont été commises et comment elles ont été corrigées. »

Les archives de Tim Paterson sont diffusées à la fois sous forme de scans des sorties papier, et sous forme de code, récupéré via OCR.

Extrait des premières lignes du code de 86-DOS 1.0

Fuite de l’ANTS : un ado de 15 ans en garde à vue. « Ce n’est pas un prodige. C’est un signal. »

Laure Beccuau, procureure de la République, annonce que le, 25 avril, « un mineur âgé de 15 ans a été placé en garde à vue, soupçonné d’avoir contribué à la fuite de données au préjudice de l’ANTS (France Titres, Agence nationale des titres sécurisés) ».

Pour rappel, au moins 11,7 millions de comptes sont touchés. Le portail France Titres a été fermé vendredi 24 avril pour maintenance. Selon nos constatations, c’est finalement mercredi 29 avril en fin de journée que l’accès aux démarches en ligne et à l’identification via France Connect ont été rétablis.

Dans son communiqué, la procureure rappelle que l’OFAC (Office anti-cybercriminalité) avait été informé en avril d’une cyberattaque contre l’ANTS : « Entre 12 et 18 millions de lignes de données étaient proposées à la vente sur des forums cybercriminels, par un hacker surnommé « breach3d » ». Attaque confirmée le 13 avril 2026, avec « l’authenticité des données revendues ».

La section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une enquête le 16 avril pour « accès et maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l’État, ainsi que d’extraction frauduleuse de données contenues dans un système de traitement automatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l’État (délits faisant encourir la peine de 7 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende) ».

Une information judiciaire est finalement ouverte hier, mercredi 29 avril 2026 par le parquet de Paris : « Les investigations se poursuivent désormais sous la direction du juge d’instruction ». Johanna Brousse, vice-procureure du parquet de Paris, cheffe de la section de lutte contre la cybercriminalité, revient sur cette arrestation avec un message sous la forme d’une alerte :

« Vol de données ANTS : interpellation d’un suspect, il a 15 ans.
Ce n’est pas un prodige.
C’est un signal.
La menace cyber se banalise.
À nous, collectivement, d’élever notre niveau de cyber résilience.
 »

Il y a une semaine, une autre arrestation faisait la une des journaux : HexDex. Il est soupçonné d’être à l’origine de la mise en ligne de nombreuses bases de données dérobées à des fédérations sportives, au système d’information sur les armes du ministère de l’Intérieur (SIA), à l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT), au service Choisir le service public gouv, etc.

Entre les deux arrestations, les fuites ne se sont pas arrêtées avec 705 000 candidats à Parcoursup, l’Agence de services et de paiement et 330 000 usagers du téléservice Radiomaritime de l’ANFR. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, se rendra cet après-midi à l’ANTS pour parler de cybersécurité. À voir maintenant la teneur des annonces qui y seront faites.

Telegram épinglé par l’Arcom pour sa lenteur face au piratage sportif

Telegram n’est pas suffisamment réactif pour retirer les contenus illicites, a jugé l’Arcom. Une décision qui pourrait peser lourd pour la messagerie, dans le viseur des ayants droit et des régulateurs européens.

L’application Telegram est dans la ligne de mire des diffuseurs officiels de compétitions sportives. La messagerie permet en effet d’échanger des liens de streaming illicite et de regarder illégalement des matchs, mais ce qui pose problème c’est surtout qu’elle ne répond pas assez rapidement aux demandes de retrait des ayants droit. C’est du moins l’avis de l’Arcom repris par Les Échos.

Illustration : Flock

Le régulateur de l’audiovisuel avait été saisi en fin d’année dernière par l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS). L’organisation de diffuseurs reproche à Telegram de ne pas réagir avec suffisamment de diligence à ses demandes d’intervention. Le problème n’est effectivement pas nouveau : en 2024, la Ligue de football professionnel (LFP) déplorait des délais de réponse fluctuants, jusqu’à 24 heures. Ce qui est évidemment totalement incompatible avec des retransmissions illégales de matchs qu’il faut pouvoir couper tout de suite.

Telegram assure de son côté que ses délais de réponse sont « supérieurs aux standards du secteur » et que les signalements sont traités « avec réactivité ». L’APPS reconnait d’ailleurs une amélioration dans le traitement des signalements par rapport à la période examinée. Néanmoins, l’Arcom a jugé que la messagerie n’avait pas été suffisamment prompte à répondre aux infractions des droits d’auteur.

L’avis s’appuie sur le règlement européen sur les services numériques (DSA), bien que Telegram n’ait pas été désigné « très grande plateforme en ligne » (VLOP). La messagerie réfute compter plus de 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels, le seuil au-delà duquel une plateforme reçoit son rond de serviette au club européen. En revanche, plusieurs de ses fonctions peuvent être classifiées de la sorte et doivent respecter les règles de modération et de transparence de l’UE. Ce qui a forcé l’entreprise à désigner un représentant en Europe, en l’occurrence en Belgique. 

C’est la raison pour laquelle l’Arcom a transmis son avis à l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT), une première en la matière. Le régulateur instruit le dossier, qui sera enrichi des enquêtes de ses homologues européens. La sanction pourrait être lourde : jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial, voire une suspension temporaire au sein de l’Union européenne.

Les ayants droit sont en attente du vote de la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel. Le texte contient des mesures renforçant la lutte contre le piratage des contenus sportifs, qui permettra aux diffuseurs d’obtenir immédiatement le blocage des flux illégaux. Après son adoption par le Sénat en juin dernier, il sera de retour à l’Assemblée nationale le 18 mai.