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De la consultation illégale de fichiers policiers à l’ « ubérisation de la corruption »

Des « outils prédictifs et préventifs » de « détection précoce »

De la consultation illégale de fichiers policiers à l’ « ubérisation de la corruption »

Illustration : Flock

Confrontées à une « ubérisation de la corruption » émanant notamment du narcobanditisme, les inspections générales de la police (IGPN) et de la gendarmerie (IGGN) ont musclé leurs dispositifs anti-corruption. Leurs nouveaux algorithmes de « surveillance et contrôle des accès aux fichiers de la Police nationale » (SCAF-PN) et de « contrôle interne des traces des applications et du réseau » (CITAR) ont presque doublé le nombre d’identifications de consultations illicites de fichiers policiers et de cas de corruption.

Dans son rapport 2025, l’inspection générale de la police nationale (IGPN) relève que « l’année écoulée a connu une augmentation des affaires d’atteintes à la probité, en valeur absolue et en proportion ». Mais également que « pour la première fois, la détection interne, portée par l’ensemble du commandement, représente une part très significative de cette tendance ».

L’IGPN a en effet identifié 136 infractions pour détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel (consultations illicites de fichiers), contre 75 l’an passé (+ 81 %). À titre de comparaison, le nombre de cas de corruption est passé de 66 à 88 (+ 33 %), les violations du secret professionnel de 93 à 117 (+ 26 %), les faux en écriture de 98 à 65 (- 33 %), les vols de 65 à 56 (- 14 %).

+ 81 % de consultations illicites de fichiers en 2025 – IGPN

L’IGPN dénombre par ailleurs 16 manquements aux règles d’utilisation des fichiers de données à caractère personnel, dont un « par inobservation des règles de securité », 14 manquements « par détournement des finalités dans un but lucratif », et 14 autres « sans but lucratif ».

Les fichiers les plus fréquemment détournés sont constitués, par ordre décroissant, du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), du système d’immatriculation des véhicules (SIV) ainsi que du fichier des personnes recherchées (FPR), qualifiés de « vecteurs principaux de compromission ». La majorité de ces consultations illicites l’avaient été « à des fins lucratives », mais sans réel enrichissement, et sans commune mesure avec les risques encourus, souligne l’IGPN :

« Les contreparties ne sont jamais réellement ostentatoires, les enquêtes révélant des petits montants (en numéraire ou dématérialisé) ou des services divers, le tout inversement proportionnel au risque pénal et administratif encouru par l’agent indélicat. »

Une « menace pour l’heure non existentielle », et « marginale »

L’IGPN évoque également des consultations illicites de fichiers à des fins non lucratives, « dans lesquelles l’agent indélicat n’a pas vraiment conscience d’être auteur de faits répréhensibles ». Certains le font en effet pour rendre service à des amis, voisins, proches, pour vérifier la moralité de la personne censée garder les enfants, ou bien par jalousie pour « identifier et localiser » le nouveau conjoint de son ex’, voire même « au nom d’une juste cause ».

S’il n’y a bien évidemment pas de profil-type de l’agent corrompu, la majorité des agents mis en cause sont néanmoins des hommes âgés de moins de 40 ans, dans le premier tiers de leur carrière. Ils ne bénéficient pas de revenus élevés et certains se trouvent dans des situations personnelles très dégradées (situations familiales complexes, endettement, addictions), précise le rapport.

L’IGPN relève en outre que ces agents « commencent toujours de façon très modeste avant de rapidement effectuer des consultations massives ». Une « uberisation de la corruption » facilitée par l’accès quasi-instantané aux fichiers de police par leur terminal mobile NEO (comme l’avait notamment révélé l’enquête de Disclose consacrée aux contrôles d’identité « au faciès » recourant illégalement à la reconnaissance faciale), relève l’IGPN :

« L’ubérisation de la corruption distancie de fait les agents compromis de leur acte répréhensible, laissant ces derniers pantois lorsqu’ils apprennent à quelles fins ont été utilisés les fichiers qu’ils ont détournés. »

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