Taylor Swift dépose sa voix et son image comme marques pour contrer les clones IA
La guerre contre les clones
Illustration : Flock
Le 28 avril à 15h11
Les lois sur le droit d’auteur pourraient ne pas suffire à protéger efficacement les artistes contre les clones générés par IA. C’est pourquoi certains d’entre eux ont décidé d’aller plus loin en faisant appel au droit des marques pour protéger leur voix et leur image. Après l’acteur Matthew McConaughey en début d’année, c’est au tour de Taylor Swift.
Taylor Swift dépose sa voix et son image comme marques pour contrer les clones IA
La guerre contre les clones
Illustration : Flock
Les lois sur le droit d’auteur pourraient ne pas suffire à protéger efficacement les artistes contre les clones générés par IA. C’est pourquoi certains d’entre eux ont décidé d’aller plus loin en faisant appel au droit des marques pour protéger leur voix et leur image. Après l’acteur Matthew McConaughey en début d’année, c’est au tour de Taylor Swift.
Droit
Droit
4 min
Taylor Swift a déposé le 24 avril plusieurs marques auprès de l’USPTO, l’agence américaine des brevets et des marques. Deux d’entre elles concernent des extraits de sa voix (« Hey, it’s Taylor Swift » et « Hey, it’s Taylor »). La troisième est une photographie, en l’occurrence Taylor Swift qui « tient une guitare rose avec une sangle noire, vêtue d’une combinaison irisée multicolore et de bottes argentées » (le dépôt est précis).
La voix et l’apparence peuvent-elles être des marques ?
Ces dépôts viennent combler un angle mort juridique lié à l’émergence de l’intelligence artificielle générative. Comme l’explique Gerbenlaw, jusqu’à présent les artistes pouvaient s’appuyer sur le droit d’auteur et le droit à l’image et à la voix (en particulier aux États-Unis) pour protéger leurs créations et leur image.
Mais voilà : l’IA permet de générer des contenus « inédits » sans copier un enregistrement existant, « à la manière de ». Difficile d’invoquer le droit d’auteur… Cette zone grise alimente toute une industrie de l’escroquerie, où les deepfakes de vedettes vendent tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. On a ainsi vu Tom Hanks (le vrai !) prévenir ses fans que contrairement à ce qu’un clone IA laissait penser, il ne faisait pas la promotion d’une assurance pour des soins dentaires.
Les phrases déposées par Taylor Swift, des « marques sonores » comme peuvent l’être la virgule « tudum » de Netflix ou les carillons de la BBC — eux aussi dûment déposés —, servent de point d’ancrage juridique pour protéger sa voix elle-même. Il ne s’agit pas que d’empêcher des copies exactes, mais aussi et surtout les sons qui peuvent porter à confusion. On va là au-delà du droit d’auteur.
Les dépôts de Taylor Swift font écho à l’initiative de Matthew McConaughey qui, mi-janvier, obtenait de l’USPTO l’approbation pour huit marques montrant l’acteur souriant, parlant et regardant au loin. On trouve ainsi dans le lot une courte vidéo de McConaughey assis devant un sapin de Noël, une autre de lui debout sous un porche, et un enregistrement audio dans lequel on l’entend prononcer « Alright, alright, alright », réplique fameuse du film Dazed and Confused.
« Mon équipe et moi voulons être certains que chaque utilisation de ma voix ou de mon image a été approuvée et validée par nous », expliquait l’interprète d’Interstellar au Wall Street Journal. « Nous voulons établir un cadre clair autour de la propriété, où le consentement et l’attribution deviennent la norme dans un monde dominé par l’IA ». Matthew McConaughey n’a rien contre la technologie, bien au contraire : il travaille avec ElevenLabs, dont il est un des investisseurs, pour créer une version en espagnol de sa newsletter.
Ces dépôts de marques sont une protection supplémentaire pour les artistes, mais pour le moment rien ne dit que ce soit suffisant : le droit des marques n’a en effet jamais été testé devant les tribunaux de cette manière, pour protéger une voix ou une apparence humaine. Une voix peut-elle être considérée comme une marque ? Et jusqu’où va la notion de « ressemblance trompeuse » ? À voir ce qu’en diront les tribunaux le cas échéant. Ajoutez à cela les différences juridiques qui existent entre les pays et vous avez une idée du bazar actuel.
Si l’approche fonctionne, alors les plateformes IA pourraient être tenues responsables. Et cela ouvrirait la voie à des injonctions rapides et à un champ d’application plus large que le droit d’auteur.
Commentaires (10)
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Abonnez-vousLe 28 avril à 15h56
Modifié le 28 avril à 18h35
Ce sera donc à trancher aussi par les tribunaux aux USA.
La différence, c'est qu'un imitateur est supposé s'annoncer puisqu'il est lui-même un artiste. Là où un deepfake...
Le 29 avril à 14h27
Le 28 avril à 18h33
D'un, Taylor Swift a fait une demande de dépôt (le application des liens est important ici). L'organisme du copyright doit donc encore la valider, au même titre qu'en France l'INPI valide un dépôt. Donc pour le moment, c'est de la théorie.
De deux, le dépôt se fait en réalité sur le texte qu'elle prononce, car la voix seule n'est pas un élément pouvant être copyrighté aux USA. Même chose en France, d'ailleurs.
L'exemple du jingle Netflix ou le rugissement du lion de la MGM (cité par France Info) sont justement une différence notable : ils sont clairement identifiables et uniques. Une voix, beaucoup moins.
Enfin, ce dépôt, s'il est validé par l'USPTO, se retrouvera forcément challengé par les tribunaux comme indiqué à la fin de l'article.
Pour le moment, il faut surtout voir ça comme un signal adressé aux entreprises de la Tech plus qu'un garde fou juridiquement solide.
Le 29 avril à 00h16
Modifié le 29 avril à 07h39
L'objet du trademark le rappelle :
Le 29 avril à 11h18
Mais pour une trademark, tu peux tout déposer : le timbre, l'ambiance, les effets sonores. Le jingle sonore THX ou le rugissement du lion MGM sont des trademarks, alors que pour avoir un copyright là-dessus, bon courage.
Et là, dans le cas qui nous intéresse, ce n'est pas juste un copyright sur le phrase "hey, it's Taylor Swift", c'est une trademark qui inclut le timbre de sa voix.
Le 29 avril à 15h16
Dans le cas présent : le timbre de voix + la phrase prononcée.
Ainsi, un deepfake de Taylor Swift lui faisant dire qu'elle aime les bananes ne serait potentiellement pas une infraction à cette trademark.
Sachant que ça reste du théorique et que c'est une jurisprudence qui l'établira.
Le 29 avril à 18h41
Le 29 avril à 18h54
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