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IA : les sous-traitants de Google ont licencié 200 salariés demandant de meilleures conditions

Intelligence pas très artificielle

IA : les sous-traitants de Google ont licencié 200 salariés demandant de meilleures conditions

Plus de 200 personnes qui évaluaient et modéraient les résultats des modèles d'IA générative de Google ont été licenciées alors qu'elles se battaient pour obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires. Le conflit se passe chez les sous-traitants de Google (notamment chez GlobalLogic, filiale d'Hitachi) qui ont pour tâche de filtrer les résultats erronés.

Le 16 septembre 2025 à 14h00

Depuis l'avènement des modèles de langage et de leur utilisation dans tous les produits d'IA générative, les entreprises comme Google ont redoublé le recours à la sous-traitance du travail de la donnée, que ça soit dans des pays comme le Venezuela, le Kenya, le Brésil, Madagascar ou la France, avec des situations bien différentes. Ce système maintient « les dépendances économiques historiques et génère des inégalités qui s'ajoutent à celles héritées du passé », exposent les sociologues Antonio Casilli, Paola Tubaro, Maxime Cornet, Clément Le Ludec, Juana Torres-Cierpe et Matheus Viana Braz.

Après avoir utilisé des « travailleurs du clic », les entreprises d'IA génératives ont cherché à faire appel à des « experts » susceptibles, théoriquement, de mieux évaluer les réponses de leurs modèles qui hallucinent et génèrent toujours des réponses problématiques et ainsi améliorer les réponses des produits boostés à l'IA générative comme AI Overviews.

Ainsi, des entreprises comme TuringAI ou Toloka se sont lancées dans ce marché. Du côté de chez Google, c'est essentiellement GlobalLogic qui fournit cette main d'œuvre depuis 2023. Filiale d'Hitachi, cette entreprise a embauché des évaluateurs qui doivent noter et modérer des contenus créés par les modèles de Google. Mais, comme l'explique le Guardian, ces travailleurs se plaignent de pressions énormes, d'exposition à des contenus violents et de salaires peu élevés.

Des experts payés au lance-pierre pour évaluer des contenus parfois très violents sans en être informés

Contactés sur LinkedIn et recrutés pour leurs connaissances spécialisés et leurs diplômes de master ou même de thèse sur des postes aux intitulés vagues comme « analyste en rédaction », des enseignants et des rédacteurs techniques se retrouvent, aux États-Unis, à être payé entre 16 dollars et 21 dollars de l'heure pour ces évaluations de contenus parfois extrêmement violents ou sexuels.

« J'ai été choqué que mon travail implique de traiter des contenus aussi pénibles », explique au Guardian Rachael Sawyer, qui travaille en tant qu' « évaluatrice généraliste » depuis mars 2024. « Non seulement parce que je n'ai reçu aucun avertissement et qu'on ne m'a jamais demandé de signer de formulaire de consentement lors de mon intégration, mais aussi parce que ni le titre ni la description du poste ne mentionnaient la modération de contenu ».

En décembre dernier, TechCrunch expliquait que les évaluateurs experts de GlobalLogic avaient reçu la consigne (venue de Google) de répondre même sur des questions se trouvant en dehors de leur champ de compétence.

Des licenciements dans un contexte de conflit social

Wired raconte que l'entreprise employait depuis une dizaine d'années des évaluateurs généralistes. Et en 2023, Google a demandé à GlobalLogic d'embaucher des « super » évaluateurs pour ses IA génératives et notamment pour AI Overviews. De 25 « super » évaluateurs en 2023, l'entreprise serait montée à près de 2 000 récemment.

Mais GlobalLogic et les autres sous-traitants seraient en train de brusquement licencier leurs évaluateurs, explique Wired. 200 personnes auraient été licenciées sans préavis lors d'au moins deux vagues au mois d'août dernier.

Interrogé par Wired, Ricardo Levario, l'un des évaluateurs licenciés et ancien enseignant dans le Texas, explique que les problèmes ont commencé quand GlobalLogic a elle-même fait appel à des sous-traitants. Les super évaluateurs de GlobalLogic étaient payés entre 28 et 32 dollars de l'heure, mais ses sous-traitants payent maintenant entre 18 et 22 dollars de l'heure pour le même travail.

Ricardo Levario raconte à Wired la construction d'un mouvement social interne à GlobalLogic notamment à travers un groupe WhatsApp après que certains aient forgé des liens sur les espaces sociaux numériques laissés à disposition par Google. Ce mouvement a notamment abouti à la création de la branche des évaluateurs d'IA au sein du syndicat de Google. En réaction, l'entreprise a interdit l'utilisation des espaces sociaux pendant les heures de travail.

Ricardo Levario a envoyé une plainte à la maison-mère Hitachi, en tant que lanceur d'alerte. Suite à cet envoi, il a été convoqué à un entretien à distance quatre jours après durant lequel il a été licencié au bout de cinq minutes.

Alors que les outils basés sur l'IA générative comme Overview montrent régulièrement leurs limites, le travail de ces évaluateurs permet néanmoins aux entreprises du secteur d'éviter les enjeux les plus problématiques et de faire croire que leurs produits sont des outils doués d'une intelligence artificielle qui ne déclament pas des horreurs à leurs utilisateurs. « En tant qu'évaluateurs, nous jouons un rôle extrêmement important, car les ingénieurs, entre le code et tout le reste, n'ont pas le temps de peaufiner le bot et d'obtenir les commentaires dont ils ont besoin », explique Alex, une évaluatrice généraliste interrogée par Wired. « Nous sommes comme les sauveteurs en mer sur la plage : nous sommes là pour veiller à ce qu'il n'arrive rien de grave ».

Commentaires (5)

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Ah, la sous-traitance, cette merveilleuse idée qui permet de déresponsabiliser complètement une entreprise de ce que fait un sous-traitant avec le personnel... Pour dire "C'est pas moi !"
C'est devenu un véritable système pour rincer et exploiter les gens, et ne pas s'emmerder avec les conditions sociales, revendications, salaires, convention collective, etc...
Et l'entreprise qui emploie ces gens ne peut que leur dire "si je vous cède, si vous ne vous sacrifiez pas un peu plus, on perdre le chantier/client".
Avec bien sûr la majorité du temps, l'entreprise cliente et le sous traitant qui discutent en off pour tenter de gratter au maximum et éviter que ces salauds de salariés ne se plaignent.

Je ne connais pas un seul secteur d'activité qui ne soit pas touché par cette horreur, et cette mentalité de m... Surtout pour les activités peu/moyennement qualifiées ou importables de l'étranger.

Et encore, je parle là de personnel, mais ça vaut aussi pour se fournir en matériel et ne pas prendre ses responsabilités (par exemple IKEA Vs la déforestation illégale opérée par ses sous-traitants, qu'elle conserve malgré les alertes, ou les grandes marques proposant des produits avec du chocolat issu d'enfants exploités)
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Je suis bien d'accord avec toi. Et le pire dans tout ça, c'est que dans certains pays, ces conditions restent malgré tout acceptables par les populations tant elles sont habituées à être surexploités, car elles n'ont pas le choix, pour la survie de leurs proches.
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c'est exactement la même histoire pour la modération de youtube, il existe un reportage d'un journaliste français qui se fait embaucher pour modérer les video de scène ultra violente dans des pays en guerre, au bout d'une demi-journée, la moitié des employés avaient démissionner. Rien de nouveau dans la silicon valley, toujours pas de syndicat pour le boulot payer à la tache...
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Cela pourrait inspirer un dessin à Flock : à gauche de l'image, l'utilisateur final d'une IA, accueillante, bienveillante, etc. A droite, derrière l'écran de l'ia, des esclaves, harassés, maltraités, un "gardien" avec son fouet et un tshirt google, un peu à l'image des fermes à arnaques de Birmanie...
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Merci Mavelic, j'y penserai à l'occase !

IA : les sous-traitants de Google ont licencié 200 salariés demandant de meilleures conditions

  • Des experts payés au lance-pierre pour évaluer des contenus parfois très violents sans en être informés

  • Des licenciements dans un contexte de conflit social

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