Les États-Unis sont devenus le plus gros investisseur en matière de logiciels espions
Make America Great Again
Illustration : Flock
Le 15 septembre 2025 à 08h42
Un think tank états-unien a cartographié 561 entités liées au marché mondial des logiciels espions. En un an, le nombre des investisseurs US est passé de 11 à 31, passant devant les 26 israéliens. Son rapport s’étonne par ailleurs de l’impunité dont bénéficient les revendeurs et courtiers, et du fait qu’une société américaine a pu investir dans un logiciel espion figurant sur la liste noire des États-Unis.
Les États-Unis sont devenus le plus gros investisseur en matière de logiciels espions
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Illustration : Flock
Un think tank états-unien a cartographié 561 entités liées au marché mondial des logiciels espions. En un an, le nombre des investisseurs US est passé de 11 à 31, passant devant les 26 israéliens. Son rapport s’étonne par ailleurs de l’impunité dont bénéficient les revendeurs et courtiers, et du fait qu’une société américaine a pu investir dans un logiciel espion figurant sur la liste noire des États-Unis.
Sécurité
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6 min
Les États-Unis sont devenus en 2024, avant même que Donald Trump ne soit réélu, le plus gros investisseur en matière de logiciels espions réservés aux États, forces de l’ordre et services de renseignement.
Sur les 34 nouveaux investisseurs identifiés en 2024, 20 sont américains, portant leur nombre total à 128, dont 31 aux États-Unis. 31 autres résident en Europe, dont 12 en Italie, connue pour être une plaque tournante des logiciels espions, cinq au Royaume-Uni, quatre en Espagne, plus 26 en Israël. Les deux entités françaises, Nexa Technologies (ex-Amesys) et Zerodium (ex-VUPEN), ont depuis cédé ou cessé leurs activités.

Les chiffres émanant de la deuxième édition de « Mythical Beasts », un rapport de la Cyber Statecraft Initiative (CSI) de l’Atlantic Council, programme de recherche qui se consacre notamment à la prolifération des capacités cyberoffensives, et donc des logiciels espions, ainsi qu’à leurs implications en matière de droits de l’homme et de sécurité nationale.
Les revendeurs et courtiers, « facilitateurs essentiels » des logiciels espions
La CSI a aussi identifié, et cartographié, quatre nouveaux prestataires, sept nouvelles filiales, dix nouveaux fournisseurs, 18 partenaires et 55 individus liés à ce secteur d’activité, portant à 561 le nombre total d’entités œuvrant sur ce marché, dans le monde entier, depuis 1992, soit 130 de plus que dans le premier rapport de l’an passé.

La CSI précise cela dit que tous ne sont pas apparus l’an passé : un rapport de transparence du Mexique, et le piratage suivi du leak d’une base de données militaire, lui ont par exemple permis de découvrir que 10 revendeurs ou brokers opéraient au Mexique, depuis 2011, ce qu’elle n’avait pas encore identifié l’an passé.
Le rapport souligne le rôle central joué par ces revendeurs et courtiers, désignés comme « partenaires » dans la base de données. Qualifiés de « facilitateurs essentiels » des logiciels espions et de leurs utilisations abusives, ils « jouent un rôle crucial d’intermédiaires en dissimulant les chaînes d’approvisionnement, en échappant à la surveillance grâce à des structures d’entreprise complexes ou à l’arbitrage juridictionnel, et en mettant les fournisseurs en relation avec de nouveaux marchés régionaux ».
« Cela crée une chaîne d’approvisionnement en logiciels espions élargie et opaque qui rend difficile à démêler les structures d’entreprise, l’arbitrage juridictionnel et, en fin de compte, les mesures de responsabilisation », explique à WIRED Sarah Graham, coautrice du rapport. Elle souligne que si les éditeurs de logiciels espions peuvent se retrouver sanctionnés, ce n’est pas le cas des revendeurs et courtiers, en l’état :
« Ces revendeurs et courtiers restent peu étudiés et probablement sous-représentés dans la base de données Mythical Beasts. […] Malgré leur importance, les courtiers et revendeurs ne font actuellement pas l’objet de mesures politiques aux États-Unis ni dans les délibérations politiques internationales. Sans les mettre d’abord en évidence sur le marché et, ensuite, sans restreindre leur comportement par des mesures politiques, les courtiers et les revendeurs peuvent compromettre les efforts de transparence et de responsabilité des acteurs étatiques et non étatiques en ce qui concerne le marché des logiciels espions. »
Une société US a investi dans un logiciel espion black-listé par les USA
Cette absence de transparence et de visibilité est d’autant plus problématique que les investissements américains entre 2023 et 2024 « ont largement dépassé » ceux des autres grands pays investisseurs observés dans le premier rapport de la CSI en 2024, notamment l’Italie, Israël et le Royaume-Uni.
« Cela revêt une importance considérable, souligne le rapport, en raison de la disparité qu’il met en évidence, à savoir le décalage manifeste entre les flux de dollars américains et les initiatives politiques américaines ». La CSI souligne le paradoxe entre « le rôle de leader mondial plus large que les États-Unis ont joué en imposant des sanctions et en s’engageant diplomatiquement » et « les investissements américains [qui] continuent de financer les entités mêmes que les décideurs politiques américains s’efforcent de combattre » :
« L’augmentation rapide des investissements dans cette technologie est préoccupante, car elle sape efficacement les efforts concertés récemment déployés par le gouvernement américain pour restreindre le marché des logiciels espions, notamment les politiques visant à lutter contre leur prolifération par la publication de listes d’entités, des sanctions, des restrictions de visa, une déclaration commune et un décret. »
Par exemple, le fournisseur de logiciels espions Saito Tech (ex-Candiru), qui figure sur la liste noire des entités du département US du Commerce depuis 2021, a bénéficié d’un nouvel investissement de la société américaine Integrity Partners en 2024. « [Cela] montre que les signaux envoyés par le gouvernement américain n’ont pas été suffisants pour dissuader les investissements dans cette technologie », explique à WIRED Jen Roberts, de l’Atlantic Council, co-autrice du rapport :
« Ce nouvel investissement met en évidence à la fois une contradiction et une lacune critique dans l’application de la loi : une entreprise américaine est en mesure d’investir dans une organisation figurant sur la liste noire des entités américaines, sapant ainsi les mesures mêmes que le gouvernement américain a mises en place pour limiter les fournisseurs de logiciels espions. Cette contradiction entre les investissements de l’industrie américaine et l’élaboration des politiques américaines doit être résolue, sinon elle continuera à soutenir le marché même que le gouvernement américain tente de combattre, érodant ainsi le leadership américain dans ce domaine. »
Elle relève également que l’argent de citoyens « ordinaires » contribue aussi au financement de ce marché. Le fonds d’investissement AE Industrial Partners, qui a racheté pour un montant estimé à 900 millions de dollars le logiciel espion d’origine israélienne Paragon, l’un des principaux concurrents historiques de NSO, est en effet soutenu par plusieurs fonds de pension états-uniens.
« Cela souligne la nécessité d’une meilleure compréhension de la part du gouvernement américain et du public, car l’Américain moyen ne comprend peut-être pas comment son argent finance la prolifération et l’utilisation abusive des logiciels espions », relève Jen Roberts.
La CSI souligne aussi qu’au vu du contexte géopolitique actuel, les juridictions vers lesquelles affluent les dollars américains « sont également préoccupantes », alors que « ces technologies ont déjà fait leur apparition dans le conflit israélo-iranien ».
Commentaires (5)
Le 15/09/2025 à 13h44
Le 16/09/2025 à 10h06
Israël
USA
Italie
Mais quel est donc le point commun de ces 3 pays ?
Le 16/09/2025 à 15h07
==> La lettre "A" ?
Le 16/09/2025 à 16h05
Le 16/09/2025 à 17h40
GG à vous pour ce clin d'oeil
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