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WikiMasters, le jeu qui voulait changer Wikipédia en cartes à collectionner

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WikiMasters, le jeu qui voulait changer Wikipédia en cartes à collectionner

Illustration : Flock

Lancé au printemps, le jeu WikiMasters a déclenché un phénomène viral sur le web francophone, jusqu’à attirer 215 000 utilisateurs quotidiens selon son créateur. Son principe, associé à des options payantes, est d’une efficacité redoutable : il transforme les fiches Wikipédia en cartes à collectionner, que les joueurs peuvent échanger, vendre ou utiliser pour s’affronter sur des QCM de culture générale.

J’hésite encore entre collectionner les villages de la Manche, les représentants de la dynastie des Capétiens, ou les entrées du tableau périodique des éléments. Les premiers sont sans doute plus faciles à acheter aux enchères que les dernières, mais bon, je ne suis pas breton normand… Voilà le genre de dilemme cornélien auquel sont confrontés les joueurs de WikiMasters, le nouveau jeu de cartes à collectionner qui fait l’objet d’une diffusion virale assez exceptionnelle depuis quelques jours sur le web francophone.

L’éclectisme des cartes reflète la richesse de Wikipédia – capture d’écran Next

Un booster de cartes toutes les dix minutes

Le principe ? WikiMasters fait de chaque fiche de la Wikipédia francophone une carte à collectionner. Chaque carte dispose de valeurs d’attaque et de défense ainsi que d’un indice de rareté, déterminés à partir des statistiques de l’article Wikipédia correspondant : plus la fiche source est consultée, et plus sa valeur virtuelle augmente. Un obscur diplomate polonais devient une carte commune, tandis que la Lune, AC/DC ou Un indien dans la ville deviennent des cartes légendaires.

La rareté d’une carte dépend de la popularité de l’article dont elle découle – capture d’écran Next

Pour alimenter sa collection, le joueur dispose d’un booster de cinq cartes offert toutes les dix minutes, avec la possibilité d’empiler jusqu’à dix paquets en cas d’absence. Les cartes peuvent ensuite être mises à profit pour créer des « vitrines », illustrant par exemple une collection thématique.

Elles peuvent aussi, et surtout, être échangées, défaussées ou vendues aux enchères, grâce à une monnaie virtuelle, le « wikibidou ». La plateforme propose enfin un système de guildes et une mécanique de bataille, qui permet d’affronter un autre joueur sur la base de questions (QCM) élaborées à partir du contenu de la fiche Wikipédia associée à la carte mise en jeu.

Lancé en mars dernier, WikiMasters a vécu dans un anonymat relatif jusqu’à ce que sa viralité explose, notamment grâce à plusieurs sessions de jeu diffusées en direct par des streamers populaires à l’occasion du ZEvent, le célèbre marathon caritatif diffusé sur Twitch début septembre. Depuis, les nouveaux adeptes affluent, ce qui ne va pas sans provoquer quelques ralentissements au niveau de l’hébergement du jeu.

« On a atteint environ 215 000 utilisateurs actifs par jour dans la dernière semaine, nous confie Naïm Ouellet, le développeur québécois à l’origine de WikiMasters, qui entend bien surfer sur la vague de cette popularité grandissante. En ce moment on galère à tout mettre à l’échelle, mais une fois le jeu stable, on compte bien développer une appli native et traduire le jeu dans plusieurs langues. » En attendant, le site souffre encore de quelques lacunes, à commencer par l’absence de mentions légales.

Une mécanique économique déjà bien rodée

Animée pour l’instant par deux développeurs, l’équipe en charge du projet semble néanmoins partie pour se développer. Sur LinkedIn, Naïm Ouellet indique recruter jusqu’à quatre personnes, deux développeurs, un chargé de projet et un gestionnaire de communauté, ce qui atteste que l’activité dégage un chiffre d’affaires prometteur.

WikiMasters dispose en effet d’un modèle économique. L’inscription et l’accès au jeu sont gratuits, mais le site propose un abonnement Pro facturé 9,99 dollars canadiens (environ 6,5 euros) par mois, qui permet d’augmenter la fréquence d’apparition de nouveaux boosters, la rareté des cartes piochées, ainsi que le nombre de batailles ou d’enchères possibles par jour. Il offre également l’accès à un historique des ventes de cartes sur le marché, et des statistiques supplémentaires sur la rareté des cartes. En parallèle, le jeu propose également à la vente sa monnaie virtuelle, à hauteur de 4,99 dollars canadiens les 2 500 WikiBidous.

Le jeu est gratuit, mais un abonnement permet d’accélérer l’obtention de cartes – capture d’écran Next

Les mécaniques commerciales n’ont rien d’inédit : elles sont typiques de la logique des loot boxes (coffres à butin) que connaissent bien les amateurs de jeu free-to-play, et notamment de cartes à collectionner, dans la droite ligne des jeux gacha venus du Japon.

WikiMasters n’est d’ailleurs pas le premier à exploiter le filon. Il existe un précédent, justement baptisé Wikigacha, qui semble avoir été lancé quelques semaines plus tôt, en février 2026. Et il ne sera probablement pas le dernier : un certain Wiki-pick vient ainsi de faire son apparition, avec une promesse très proche (pour ne pas dire identique) et un nom de domaine enregistré le 12 septembre dernier.

Pour alimenter leurs services, tous ces jeux exploitent les API (interfaces de programmation) mises à disposition par Wikipédia afin de faciliter la circulation du savoir. Chez WikiMasters, on affiche un éventail de quelque 2,7 millions de fiches, régulièrement actualisé pour générer de nouveaux drops de cartes. Une carte qui était commune en août peut ainsi devenir légendaire en septembre, si la fiche associée a connu un pic de trafic, en raison par exemple de l’actualité.

Circulation ou marchandisation du savoir ?

Le site semble à première vue respecter les conditions d’utilisation, ou plutôt de réutilisation, fixées par Wikipédia. L’encyclopédie diffuse pour mémoire ses contenus sous licence CC-BY-SA, qui autorise le partage à l’identique avec attribution. Les cartes WikiMaster n’affichent qu’un extrait du texte de la fiche concernée, proposent un lien direct, et mentionnent systématiquement la licence. Les puristes noteront peut-être que les visuels et photos sont quant à eux affichés sans mention directe de la licence associée (parfois plus spécifique que la licence globalement appliquée aux textes).

Wikipédia tient à jour une liste des jeux qui exploitent son contenu, parmi lesquels quelques incontournables, comme Pédantix, Wikitrivia ou Factle, qui sont développés par des contributeurs dans un esprit de valorisation du savoir et sans logique marchande.

Quid de Wikimasters (ajouté le 2 septembre dernier sur la page en question) ? « Sur le principe, on est ouvert à toutes les formes de réutilisations des contenus des projets Wikimedia, c’est ce que permet la licence. Cela permet effectivement d’accroître la diffusion du savoir », nous répond l’association Wikimédia France, qui indique toutefois n’avoir pas encore étudié spécifiquement ce cas et les nouvelles questions qu’il soulève en matière de respect précis de la licence.

Dans le Discord communautaire du Wikipédia francophone, on observe que la contagion a déjà gagné certains contributeurs de l’encyclopédie, avec pour certains une quête un peu particulière : mettre la main sur la carte des articles qu’ils ont eux-mêmes rédigés.

En toute objectivité, la meilleure carte du jeu – capture d’écran Next

Commentaires (22)

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J’hésite encore entre collectionner les villages de la Manche, les représentants de la dynastie des Capétiens, ou les entrées du tableau périodique des éléments. Les premiers sont sans doute plus faciles à acheter aux enchères que les dernières, mais bon, je ne suis pas breton…
Vous cherchez les ennuis vous. :D
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Ça m'a bien fait marrer en l'écrivant, mais je sais pas à quel degré ce sera lu, faut peut-être que je me protège effectivement :D
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fr.wikipedia.org Wikipedia
Carte légendaire, se cumule avec Flock (le vrai hein)
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Bonne idée, faites péter l'audience de l'article Next, qu'on devienne la meilleure carte du jeu :inpactitude2:
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Le jeu propose des Guildes, il n'y a pas moyen que quelqu'un de l'équipe PCInpact Next en monte une ? On pourrait faire des échanges et essayer de chopper la carte Next (site web) ?
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Allez, ma foi, bonne idée, c'est créé

edit : ajoutez moi comme ami IG, pseudo Onesque
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Ah ben pour moi c'est "Poppu", tout simplement !
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Je m'y suis mis aussi pour tester, pseudo Arkeen
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Un manchot, ça fait plaisir !
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Même pas du NFT! Pfff, concept à 2 balles :p
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J'espère qu'ils feront des dons à la Wikimedia Foundation avec tout l'argent qu'ils vont gagner.
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C'est exactement ce que je me suis dit.
Perso sur le papier je trouve ça assez inoffensif, même si ça exploite quand même des logiques de hasard et de « collectionnite » potentiellement nocives chez certaines personnes.
Mais si ça reste limité et qu'ils se font du biff, j'espère vraiment qu'il vont en reverser une partie à Wikimedia, ça ne serait que justice.
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ce serait bienvenu oui ! L'auteur du jeu m'a dit que pour l'instant il n'était pas rentré en contact avec Wikimedia.
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À la récré :

"J'échange ma carte Dodo la Saumure contre le pape Jean XII, qui prend ?"

:humour: :pastaper:
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Leur infra est saturée quasi en permanence, et ça n'est jamais calme, y compris en heures dites creuses : gaffe sur les enchères, la prise en compte de la vôtre peut parfois mettre 10 s au plus.
Leur composant WebSocket qui pousse les notifications est en rideau quasi en permanence par saturation de la capacité de connexions. Pour les routes API (sur lesquelles leur application React s'appuie pour le travail effectif), c'est très aléatoire. Ils ont bridé le marché comme jaja il y a quelques jours car la semaine dernière ça devenait inutilisable, sauf à 03h…

Pour la partie payante de la chose, à savoir les données de marché (oui parce que bon les paquets toutes les 3 minutes… ils ne s'empilent de toutes façon que par 10 maximum il me semble - je ne sais si ça change pour la version payante), surtout ne payez pas pour ça : j'ai pu identifier des comptes travaillant ensemble (la même personne ? des bots ? M'enfin 'faut pas voir le mal partout, n'est-ce pas ? :D) en créant des transactions factices à 5 chiffres sur des cartes de peu de valeur, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, histoire de faire mousser le prix, en faisant faussement circuler du pognon, un peu comme NVIDIA qui crée une bulle avec des "miyards" en finançant ses acheteurs, m'voyez.
Une fois que suffisamment de monde tombe dans le panneau du prix suggéré (celui moyen est affiché pour tout le monde si vous cherchez à la vendre), ces cartes peuvent ensuite être vendue pour bien trop cher en surfant sur la vague, et on rince et recommence avec la suivante… Une fois la bulle dégonflée, es lapins de la spéculation qui se sont fait prendre dans les phares en croyant à une bonne affaire en achetant moins cher que ce prix moyen se retrouvent avec des cartes sans valeur payées bien trop cher, et les manipulateurs du cours ont ramassé la mise (ainsi que d'autre qui n'ont fait que vendre au bon moment)…
J'ai signalé les comptes pour triches, avec transactions à l'appui, en mentionnant les liens (d'une partie) du réseau, sans effet.

Reste effectivement la question de fond : gagner de l'argent sur un jeu dont les données sont communautaire est-il moral ?

Enfin, bien évidemment, toute automatisation est clairement proscrite par les conditions d'utilisation.
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Reste effectivement la question de fond : gagner de l'argent sur un jeu dont les données sont communautaire est-il moral ?
Pour l'aspect jeu, je ne sais pas, mais pour le reste, l'exemple de OSM montre bien que c'est possible : de nombreuses entreprises vendent des applis web/mobiles/autres basées sur des données issues d'OSM. Ça ne pose pas tellement de problème, surtout que bon nombre de ces entreprises participent directement à enrichir OSM, au niveau de l'ajout/amélioration de données, mais aussi d'un point de vue financier.

Perso je teste le jeu à l'instant, et j'ai pu améliorer quelques trucs bancals (genre image de qualité dégueu) de certains articles que j'ai eu en version carte. Si ça peut aussi faire un appel aux contributions, c'est toujours ça de pris.
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y'a clairement de la fraude et des tentatives de manipulation oui, merci de les avoir documentées. ce qui sauve un peu le truc de mon point de vue, c'est que contrairement à Steam ou d'autres, y'a pas de possibilité de convertir la monnaie du jeu en monnaie réelle. autrement dit tu triches pour flatter ton égo, ou peut être à la limite pour essayer de vendre un compte, mais ça limite quand même l'intérêt.

cela dit, je te rejoins sur le fait qu'il vaut mieux ne pas payer (à moins qu'on ait envie de soutenir le projet)...
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:x: :fumer:
https://i.ibb.co/8n1T33g3/JDH.png
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Si tu regardes le marché, tout ce qui est sexe, comportements extrêmes/bizarre et nazisme/autoritaire/fascisme se vend cher.
Toujours un peu flippant à observer, mais ça n'est ni la première, ni la dernière fois.
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J'ai testé il y a trop de cartes. Du coup ça limite les doublons donc les échanges. En plus on ne peut se battre que contre des amis.
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Projet nauséabonde qui absorbe toute la substance d'un des rares site web non habité par une idéologie capitaliste, avec un contenu accessible librement, pour jouer avec tous les codes addictifs à des fins purement lucratives sans rien reverser. Dire que je pensais les « loot boxes » bannies par la loi. Parasites qu'on pourra classer au même rang que les sites de paris en ligne qui font leurs marges avec des publics fragiles et souvent précaires. D'ailleurs, aucun mot sur la cybersécurité douteuse mise en place, puisque vibecodée à souhait. Il y a des traces de fuites de données consultables sur les réseaux sociaux.
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Je me demande si le site télécharge l'archive de wikipedia pour ensuite travailler dessus sur son infra, ou s'il attaque/"spamme" wikipedia à chaque affichage de carte ? (ou un intermédiaire entre les deux)