Guerre froide 2.0 : deux députées appellent à une stratégie nationale d’influence globale
À la guerre (de l'information) comme à la guerre
Le 08 juillet 2025 à 14h13
L’Assemblée nationale vient de publier un rapport visant à déterminer la manière dont la France peut se protéger face à la désinformation, et élaborer une réponse efficace pour « gagner la guerre de l’information », « sans se départir de ses valeurs démocratiques ».
Guerre froide 2.0 : deux députées appellent à une stratégie nationale d’influence globale
À la guerre (de l'information) comme à la guerre
L’Assemblée nationale vient de publier un rapport visant à déterminer la manière dont la France peut se protéger face à la désinformation, et élaborer une réponse efficace pour « gagner la guerre de l’information », « sans se départir de ses valeurs démocratiques ».
Le 08 juillet 2025 à 14h13
Société numérique
Société
16 min
Le Forum économique mondial identifiait dans son rapport 2025 la désinformation comme « le risque global le plus important à court terme », rappellent les députées Natalia Pouzyreff et Marie Récalde, en introduction de leur rapport d’information de 140 pages sur « l’opérationnalisation de la nouvelle fonction stratégique influence ».
Rédigé au terme de six mois de travaux, marqués par plus d’une trentaine d’auditions en France et à l’étranger, il souligne qu’en matière de désinformation, « l’objectif recherché n’est pas tant de modifier les perceptions des citoyens, que d’instiller le doute généralisé pour discréditer les démocraties libérales ». Ce qu’illustrent les « revers informationnels essuyés par l’armée française au Sahel, qui ont abouti au retrait des forces sans qu’elles n’aient véritablement perdu de combat sur le terrain », et qui « constituent un tournant dans la prise de conscience des autorités françaises ».
Les députées rappellent que la Revue nationale stratégique de 2022 avait déjà consacré la création d’une sixième fonction stratégique « Influence » visant à apporter une réponse face à l’augmentation des attaques informationnelles ciblant la France, mais relèvent aussi qu’« aucune stratégie nationale d’influence n’a été publiée à ce jour ».
Elles se sont dès lors attaché à « évaluer la mise en œuvre de la fonction influence à l’extérieur des frontières françaises (volet proactif) et son corollaire, la lutte contre la désinformation et les manipulations de l’information sur le territoire national (volet défensif) ». Objectif : élaborer une « stratégie nationale d’influence globale, excédant le seul champ des armées » et, d’autre part, renforcer la résistance de la société française face aux stratégies de déstabilisation et d’ingérences étrangères.
Pour l’armée, il y a sept terrains de bataille
Les députées commencent par un état des lieux, qui ne surprendra personne puisque les services du gouvernement et l’ANSSI le répètent en boucle ou presque depuis quelques mois : « La France doit faire face à un accroissement de la menace informationnelle. Si historiquement les attaques informationnelles ont pu se concentrer sur la présence française à l’étranger, notamment sur le continent africain, l’on observe une augmentation significative du nombre d’attaques ciblant directement le débat public numérique français ».
Les enjeux prennent une autre importance avec l’approche des élections municipales en 2026 puis la présidentielle en 2027. Les différentes auditions ont d’ailleurs fait remonter ce sujet, avec la « nécessité de renforcer la réponse mise en place et la coordination des services de l’État en période électorale ». Le rapport reconnait que si la réponse « semble plus aboutie dans le cadre des élections présidentielles, elle apparaît plus lacunaire lors des autres élections ».
Le rapport décrit sept lieux de bataille, en s’appuyant sur des présentations des armées : la terre, la mer, l’air, le cyber, l’espace, l’électromagnétique (les ondes) et donc le champ informationnel qui est l’objet du rapport du jour. Ce dernier « constitue un champ de bataille à part entière », et même d’une véritable « guerre de l’information ».
Selon le général Jean-Michel Meunier (conseiller influence et lutte informationnelle du chef d’état-major des armées et chef du pôle « anticipation stratégique et orientation »), le but de ce genre de manœuvre est de « défaire sans envahir », c’est-à-dire à « défaire militairement, mais surtout à défaire la société et chercher à décourager voire à démoraliser l’adversaire », explique le rapport.
La situation de la France en Europe n’est pas vraiment enviable : nous sommes, « après l’Ukraine, le pays le plus visé en Europe par des tentatives de manipulations venant de l’étranger, notamment de Chine et de Russie », selon le rapport publié en mars 2025 par le Service européen pour l’action extérieure. Sur les 505 incidents relevés en Europe entre 2023 et 2024, 257 concernaient l’Ukraine et 152 visaient la France, les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 et les élections législatives en constituant les principales cibles.
La situation ne s’est pas améliorée avec le temps : « La menace russe s’avère prégnante et s’est intensifiée à mesure que la France renforçait son soutien à l’Ukraine ». Les rapporteures précisent rapidement que ces attaques au grand jour ne doivent pas masquer celles de petits acteurs – étatique ou non –, moins visibles, « mais tout aussi néfastes ».
Une « bonne nouvelle » tout de même sur le plan informationnel : « la menace terroriste semble avoir diminué depuis la chute de l’État islamique, en particulier la production de contenus francophones, qui est maintenant très minoritaire ».
Réseaux sociaux et IA génératives : deux catalyseurs de la désinformation
Il reste 79% de l'article à découvrir.
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Soutenez un journalisme indépendant,
libre de ton, sans pub et sans reproche.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d'un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
expert et sans pub.
Guerre froide 2.0 : deux députées appellent à une stratégie nationale d’influence globale
-
Pour l’armée, il y a sept terrains de bataille
-
Réseaux sociaux et IA génératives : deux catalyseurs de la désinformation
-
Les gentils chinois sur TikTok, les méchants occidentaux dans les jeux
-
Se défendre, contre-attaquer et savoir écouter
-
Un mouchoir, un mème, une gifle, une gaffe
-
Des unités d’action d’influence dans l’armée
-
La nouvelle administration américaine joue à chamboule tout
-
Absorber les chocs et résister à la désinformation
-
La danse de la séduction de Zuckerberg à Trump inquiète
-
Britanniques, RSE, recherche, audiovisuel public et VIGINUM
Commentaires (3)
Le 09/07/2025 à 07h41
Modifié le 09/07/2025 à 11h55
Le 09/07/2025 à 17h27
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?