Les députés introduisent un « principe d’innovation » dans notre droit
Encore rien de prévu sur le digital
Le 12 février 2015 à 14h00
4 min
Droit
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L’Assemblée nationale a adopté cette semaine un amendement inscrivant au sein de notre droit un « principe d’innovation » valant pour les administrations et les délégataires de service public. Ces nouvelles dispositions se veulent comme un pendant législatif du principe constitutionnel de précaution.
Un principe d’innovation qui se manifestera notamment au travers des achats publics
Dans le cadre des débats sur la loi Macron, la députée socialiste Anne-Yvonne Le Dain a défendu lundi après-midi un amendement obligeant toutes les personnes publiques (ministères, autorités administratives, Sécurité sociale, SNCF...) à promouvoir un principe d’innovation, lequel serait gravé au sein du Code de la recherche. Celui-ci vaudrait également pour les personnes privées chargées d’une mission de service public, telle qu’EDF par exemple.
Concrètement, ces entreprises et institutions seraient expressément tenues de mettre en œuvre et d’appuyer « toute forme d’innovation, entendue comme l’ensemble des solutions nouvelles en termes de fourniture de biens, services ou de travaux propres à répondre à des besoins auxquelles ne peuvent répondre des solutions déjà disponibles sur le marché ». Ce principe devrait en particulier se manifester au travers de leurs achats.
« L’objectif est de valoriser l’innovation issue des petites et moyennes entreprises dans les achats et fournitures comme dans le travail des collectivités territoriales et de toutes les administrations quelles qu’elles soient, a fait valoir Anne-Yvonne Le Dain dans l’hémicycle. C’est aussi une manière de s’ouvrir sur de nombreux domaines plutôt que de rester bloqué sur ce que l’on sait déjà, et d’accepter que l’on puisse travailler, y compris dans l’administration, sur ce qui est prêt et ne demande qu’à trouver au moins un début de marché. Il s’agit là, pour nos entreprises, d’un des grands enjeux de l’innovation en France : trouver un début de marché. »
Son amendement a été adopté sans débat particulier, après que le rapporteur thématique Christophe Castaner et le gouvernement aient émis un avis favorable à son égard.
Un sujet qui revient sur la table de l'Assemblée pour la seconde fois en quelques mois
Même s’il vient de franchir une étape importante, l’introduction de ce « principe d’innovation » a encore un petit bout de chemin à effectuer avant d’être définitivement gravée dans le marbre. L’Assemblée nationale doit en effet se prononcer sur l’ensemble du projet de loi Macron, avant que le texte ne soit transmis au Sénat (lequel aura ensuite tout le loisir d’amender éventuellement le texte, d’autant que la Haute assemblée est désormais passée à droite).
Par ailleurs, force est de constater que ce sujet commence à devenir un véritable serpent de mer. L’été dernier, des députés UMP avaient déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à graver un « principe d’innovation responsable » au sein de la Charte de l’environnement, qui a désormais valeur constitutionnelle. L’objectif était de remplacer le principe de précaution tel que mentionné par l’article 5 de la fameuse charte, celui-ci obligeant les autorités à se montrer prudentes et à procéder à des mesures d'évaluation des risques dès lors qu’une mesure pourrait « affecter de manière grave et irréversible l'environnement ».
« En remplaçant le principe de précaution par le principe d’innovation responsable, on encourage la recherche à prendre en compte autant les opportunités que les risques. Cet équilibre permettra à notre pays de reprendre de la vitesse dans de nombreux secteurs comme le nucléaire, les nanotechnologies ou les biotechnologies, qui pourraient pâtir d’une asymétrie d’analyse » faisaient valoir les auteurs du texte, finalement rejeté en séance publique le 4 décembre dernier (voir le compte rendu des débats).
Anne-Yvonne Le Dain a d’ailleurs fait référence à cette proposition de loi, ce lundi : « Nous pensons qu’il ne s’agit pas de substituer l’innovation à la précaution, mais de l’ajouter. L’innovation ne joue en effet absolument pas contre la précaution : au contraire, elle l’enrichit » a-t-elle déclaré.
Les députés introduisent un « principe d’innovation » dans notre droit
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Un principe d’innovation qui se manifestera notamment au travers des achats publics
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Un sujet qui revient sur la table de l'Assemblée pour la seconde fois en quelques mois
Commentaires (31)
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Abonnez-vousLe 12/02/2015 à 14h17
« toute forme d’innovation, entendue comme l’ensemble des solutions
nouvelles en termes de fourniture de biens, services ou de travaux
propres à répondre à des besoins auxquelles ne peuvent répondre des
solutions déjà disponibles sur le marché »
..et, c’est “bien” compris ?
je ne le répèterais 2 fois, HEIN !!! " />
Le 12/02/2015 à 14h24
Il y a un jeu de mots avec le sens français du mot “digital” que j’ai loupé ? Ou c’est juste de la provocation gratuite vis-à-vis des amoureux de la langue française ? " />
Le 12/02/2015 à 14h25
La bureaucratie est la mort de l’initiative. Il n’est rien que les bureaucrates haïssent plus que l’innovation, en particulier celle qui produit de meilleurs résultats que les vieilles routines traditionnelles. Les améliorations font toujours paraître ineptes ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide. Et qui prend plaisir à avoir l’air inepte ?
Frank Herbert, Les Hérétiques de Dune, 1984
Le 12/02/2015 à 14h28
Le 12/02/2015 à 14h29
Le 12/02/2015 à 14h31
+1 : les lois sur le digital ne devraient se compter que sur les doigts d’une main " />
Le 12/02/2015 à 14h38
Encore rien de prévu sur le digital
Des traces de doigts droits ?
Le 12/02/2015 à 14h40
http://www.cnrtl.fr/lexicographie/innovation
“ Étymol. et Hist. 1297 innovacion « transformation d’une ancienne obligation par substitution d’un nouveau débiteur à l’ancien » synon. de novation, terme de dr. (doc. 12 févr. ds Chartes du xiiies. conservées aux Archives de l’Indre, éd. E. Hubert, 1885, p. 29)”
Le dictionnaire, c’était mieux avant…
Le 12/02/2015 à 14h54
" />
http://www.cnrtl.fr/lexicographie/digital
A.− Rare. Qui a la forme d’un doigt. En partic., cavité digitale. Cavité du ventricule latéral, en forme de doigt, pénétrant dans le lobe postérieur du cerveau. Les ventricules antérieurs n’ont de cavité digitale que dans l’homme et dans les singes (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 159).
B.− Relatif au doigt; qui fait partie du doigt. Artères, veines digitales; nerfs digitaux. L’examen anthropologique des mutilations digitales est riche d’enseignements ethnographiques. L’ablation d’un ou de plusieurs doigts (…) signe de deuil chez les Hottentots (Hist. sc.,1957, p. 1541).
Le 12/02/2015 à 14h56
Le 12/02/2015 à 15h15
J’ai une question… La création de nouvelles taxes, est-ce de l’innovation ? (Fleur va avoir une prime !)
Le 12/02/2015 à 15h24
innovation, responsable : 2 mots galvaudés par le marketing économique et politique.
Chiche ! Inscrivons ces mots dans la Loi ou dans la Constitution. Ce sera comme “Liberté d’expression”qui, bien que précisément définie dans le texte constitutionnel, est une notion passablement délavée dans les discours du monde politico-médiatique-m’as-tu-vu
Le 12/02/2015 à 15h50
Le 12/02/2015 à 15h55
Oui. L’académie en parle comme ça :
II.
(pl. Digitaux, -ales). XXe siècle. Emprunté de l’anglais digital, dans digital computer, « ordinateur digital », dérivé de digit, « chiffre » (en tant qu’ils étaient primitivement comptés sur les doigts). INFORM. TECHN. Qui utilise des nombres, numérique. Le terme Numérique doit être préféré.
Le 12/02/2015 à 16h12
Le 12/02/2015 à 16h19
Le 12/02/2015 à 16h22
Le 12/02/2015 à 16h34
intéressant
mais ça va être un joyeux bordel à mettre en oeuvre..
Le 12/02/2015 à 17h38
Hey le monsieur de Dune, comment va? Dingue comment on peut toujours trouver une situation très adéquat a beaucoup de problématiques modernes dans ce bouquin, Herbert était un vrai génie…
Le 12/02/2015 à 19h09
La fournée 2014 des données :
http://www2.assemblee-nationale.fr/reserve_parlementaire/plf/2014/%20offset%20⁄1…
http://www.leparisien.fr/politique/ump-stephane-tiki-en-situation-irreguliere-de… " />
Le 12/02/2015 à 19h22
Numérique, digital… j’ai presque envie de dire que ce n’est pas le mot plus intéressant, à part pour dire qu’effectivement, les rédacteurs de ce texte n’ayant sans doute jamais écrit la moindre ligne de code, les mots sont vides de sens.
Je reviens à la définition intéressante : « transformation d’une ancienne obligation par substitution d’un nouveau débiteur à l’ancien »
L’innovation, c’est aussi la transmission d’une obligation. La question est donc de connaître le créancier.
« En remplaçant le principe de précaution par le principe
d’innovation responsable, on encourage la recherche à prendre en compte
autant les opportunités que les risques. Cet équilibre permettra à notre
pays de reprendre de la vitesse dans de nombreux secteurs comme le
nucléaire, les nanotechnologies ou les biotechnologies, qui pourraient
pâtir d’une asymétrie d’analyse »
L’innovation responsable, c’est donc déjà un gentil un pléonasme. Le principe d’innovation responsable, de la novlangue. L’équilibre suggéré de la méconnaissance, in fine, de la connerie.
Tout ce remue-ménage pour un affrontement fictif issu du marketing précaution vs marketing risque, tranquillement accepté par chacun des acteurs concernés pour donner se donner l’illusion de quelques repères idéologiques confortables et monnayables en bulletins (de vote).
Tout va pour le mieux dans… toussa quoi " />
Le 12/02/2015 à 19h49
On va avoir les débats sur digital/numérique sur chaque actu ? On ne pourrait pas parler du fond, plutôt ? " />
Le 12/02/2015 à 22h26
Le 12/02/2015 à 22h50
Les députés nous montreront-ils l’exemple ? " />
Le 13/02/2015 à 06h27
Le 13/02/2015 à 14h10
Le 13/02/2015 à 14h16
Le 13/02/2015 à 14h17
Et sinon plus globalement dans une période où on est censé faire des économies d’argent public c’est se foutre du monde ce genre de propositions.
Soutenir l’innovation ça veut dire essuyer les plâtres, ça veut dire contractualiser avec des acteurs économiques plus faibles qui font faillite plus souvent, ça veut dire surcoût pour les administrations.
En même temps une telle loi ne mange pas de pain, ça sera utilisé par quelque communicants zélés et puis oublié.
Le 13/02/2015 à 14h20
Voila, et en plus c’est moins long à lire.
Il y a aussi des lettres qu’on devrait éliminer de l’alphabet car redondantes, le Y par exemple ou le K et un jour on aura un moyen de communiquer un peu rationnel et performant au lieu d’un héritage bâtard et anormalement alambiqué de latin, d’anglais, d’arabe, d’allemand… et on cessera de perdre notre temps et d’engraisser des abrutis payés à snober le reste du monde qui ne parle pas assez bien Français pour l’académie (siège de la dignité humaine et de la respectabilité).
Encore une bande de parasites nazes et maniérés qu’on traine comme un boulet napoléonien.
Le 13/02/2015 à 14h28
" /> Je propose tout naturellement que tout le monde parle klingon, vu que l’esperanto n’a pas pris
Le 13/02/2015 à 15h13
L’espéranto n’avait pas vocation à être simple mais universel.
C’est l’anglais globalisé (globish) qui va s’imposer sinon, faut arrêter de se prendre la tête entre bérets basques.