Surveillance internationale : le président du Sénat « ne manquera pas de saisir le Conseil constitutionnel »

Surveillance internationale : le président du Sénat « ne manquera pas de saisir le Conseil constitutionnel »

Juste fais-le

Avatar de l'auteur
Marc Rees

Publié dans

Droit

05/11/2015
13

Surveillance internationale : le président du Sénat « ne manquera pas de saisir le Conseil constitutionnel »

La proposition de loi sur la surveillance des communications électroniques internationales vient d’être votée par le Sénat. À l’initiative du président, elle devrait cependant subir l’examen du Conseil constitutionnel.

Le Sénat vient de voter la PPL sur la surveillance des communications électroniques internationales telle que remodelée en Commission mixte paritaire. Le texte n’a pas beaucoup évolué à ce stade, si ce n’est sur la durée de conservation des données interceptées qui repasse de 10 à 12 mois. Il revient maintenant à l’Assemblée nationale de voter à son tour l’ensemble, ce qui sera fait aujourd'hui.

En quête de toutes les garanties de constitutionnalité

Sauf surprise, le Conseil constitutionnel devrait cependant à nouveau être appelé à intervenir. L’annonce a été faite ce matin par Philipe Bas, président de la Commission des lois, alors que les sénateurs s’apprêtaient à adopter la PPL :

« Si vous adoptez ce texte, M. le président du Sénat ne manquera pas, comme il l'a fait pour la loi relative au renseignement, de saisir le Conseil constitutionnel afin d'ajouter une garantie supplémentaire à celle qui résultait de l'examen préalable de ce texte par le Conseil d'État. Comme pour la loi sur le renseignement, dont cette proposition de loi est, en quelque sorte, une « excroissance », nous aurons donc obtenu toutes les garanties de constitutionnalité avant l'entrée en vigueur de ce texte. »

En coulisse, une source proche du dossier nous indique que « la saisine est possible mais pas encore décidée ». Confirmée, elle serait orchestrée non par soixante parlementaires, mais par le président du Sénat, Gérard Larcher, qui devrait donc reproduire ce qu’il avait déjà fait à l’égard du projet de loi sur le renseignement (une saisine blanche, ou presque)

Le contrôle des boites noires internationales

Effectif, ce contrôle aura pour mérite de faire vérifier la constitutionnalité encore hasardeuse de ce texte, au regard des dispositions fondamentales, spécialement le droit à la vie privée. Les neuf sages devront jauger en particulier l’équilibre subtil entre sécurité et libertés pour sanctionner d’éventuelles disproportions manifestes. Il sera particulièrement intéressant de lire son analyse sur les boîtes noires en version internationale. À ce niveau, en effet, elles sont nettement plus amples que celles prévues par la loi de juillet dernier. Et pour cause, leur déploiement n’est plus lié à la seule détection des menaces terroristes, mais pourra être justifié pour la poursuite d’une des vastes finalités prévues par les textes :

  • L'indépendance nationale, l'intégrité du territoire et la défense nationale ;
  • Les intérêts majeurs de la politique étrangère, l'exécution des engagements européens et internationaux de la France et la prévention de toute forme d'ingérence étrangère ;
  • Les intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France ;
  • La prévention du terrorisme ;
  • La prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des actions tendant au maintien ou à la reconstitution de groupements dissous, des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ;
  • La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées ;
  • La prévention de la prolifération des armes de destruction massive

Cette saisine aura aussi un effet boomerang pour les adversaires de la proposition de loi. Elle va empêcher les futures questions prioritaires de constitutionnalité, déjà bien contrariées par l’absence de décret d’application attaquables… Le Conseil constitutionnel ne peut en effet réexaminer une disposition déjà jugée par ses soins. La seule porte ouverte restera finalement la Cour de justice de l’Union européenne ou la Cour européenne des droits de l’Homme, puisque une garantie de constitutionnalité n'emporte pas nécessairement une garantie de conventionnalité.

13

Écrit par Marc Rees

Tiens, en parlant de ça :

Sommaire de l'article

Introduction

En quête de toutes les garanties de constitutionnalité

Le contrôle des boites noires internationales

Commentaires (13)


Le 05/11/2015 à 16h 18

Si c’est pour faire une saisine vide faisant la réclame du Sénat et pouvoir pavaner comme la dernière fois, c’est peut être pas utile…


Le 05/11/2015 à 16h 22







francois-battail a écrit :



Si c’est pour faire une saisine vide faisant la réclame du Sénat et pouvoir pavaner comme la dernière fois, c’est peut être pas utile…







Au contraire! “Vous voyez on est conforme on vous protège rendormez vous votez pour nous” <img data-src=" />



Yseader Abonné
Le 05/11/2015 à 16h 31

Philippe Bas faisant parti des Républicains, il va juste saisir le CC pour faire chier le PS, il en a sûrement rien à faire de la loi.


hellmut Abonné
Le 05/11/2015 à 16h 41

bien pire que ça: comme ils sont tous d’accord sur le fond et la forme du texte, il saisit le CC pour avoir le cul propre, et comme dit Marc, pour éviter une QPC à suivre.

bien comprendre que sur ce sujet, LR et PS sont du même bord: contre les méchants barbus, on est en guerre, donc il faut l’union nationale pour s’asseoir sur certaines libertés individuelles (je schématise le FUD habituel).


MarcRees Abonné
Le 05/11/2015 à 17h 05

Le président du Sénat me l’avait assuré lorsqu’il a transmis la Loi

Renseignement au Conseil constitutionnel : sa saisine n’est pas blanche (sans argumentation précise sur des points de droits), contrairement à ce que je racontais là.

&nbsp;

Le passage en vidéo, svp.Réponse du CC en commentaire de sa décision.



#Bisous.&nbsp;


MarcRees Abonné
Le 05/11/2015 à 17h 05

Ce n’est pas Bas, mais Larcher qui saisira, s’il saisit.


Dans deux semaines j’ai mes papiers officiels de mon pays d’origine, ce qui me donnera officellement la double nationalité.

DTC la loi renseignement


Le 06/11/2015 à 07h 29

Dans leur jeu truqué et biaisé, où seul le semblant de gagne nous (la merdasse du bas) est accordé, il serait sage de les laisser dans leur bac à sable pour se diriger vers quelque chose de moins vil et domestique.

Question de santé pour son propre organisme me semble t’il.


Le 06/11/2015 à 08h 38

Démocratie ? J’aimerai bien savoir à quel moment l’on m’a demandé mon avis pour chacune des lois qui ont été votées depuis que je suis né, en particulier les lois à la con qui détruisent le droit à la vie privée et à la liberté d’expression, et qui sont légion aujourd’hui. Les élections, l’illusion d’avoir le choix. Quel enfumage en beauté !


Le 06/11/2015 à 09h 09

bah si déjà des le départ on nous avais demandé notre avis concernant la constitution…


Le 06/11/2015 à 10h 14







pentest a écrit :



Dans deux semaines j’ai mes papiers officiels de mon pays d’origine, ce qui me donnera officellement la double nationalité.

DTC la loi renseignement



Super, comme ça tu pourras être mis sur liste prioritaire à surveiller! <img data-src=" />



hellmut Abonné
Le 06/11/2015 à 11h 12

mouais, ben écoute vu l’ambiance actuelle, sauf à être originaire de suisse, d’islande ou d’un pays scandinave, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Sans compter qu’avec ce PJL, si t’es à l’exterieur du territoire t’es “éligible” aux boites noires pour tout, alors que sur le territoire français c’est juste si t’es un méchant barbu ou que ta barbe pousse trop.

enfin officiellement. ^^


OlivierJ Abonné
Le 06/11/2015 à 18h 44

Hahaha bien répondu <img data-src=" />