Arcom : un premier bilan contrasté de sa lutte contre le piratage audiovisuel

Arcom : un premier bilan contrasté de sa lutte contre le piratage audiovisuel

« Ça marche »

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Vincent Hermann

Publié dans

Internet

23/05/2023
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Arcom : un premier bilan contrasté de sa lutte contre le piratage audiovisuel

L’Arcom a publié un rapport faisant le point sur son action de lutte contre le piratage. Comme l’affirme le régulateur, des progrès notables ont été observés dans certains domaines, grâce à une nouvelle collaboration avec les ayants droit. En revanche, dans d’autres domaines, dont le téléchargement direct, la situation est plus contrastée.

166 noms de domaine : c’est le chiffre claironné par l’Arcom, résultat de la fusion entre le CSA et la Hadopi. De cette dernière, elle a récupéré les missions de lutte contre le piratage d’œuvres protégées par le droit d’auteur.

Ce résultat est la conséquence d’une nouvelle coopération directe avec les ayants droits, débutée le 5 octobre dernier, avec l'objectif affiché de la lutte contre les téléchargements illicites. « Entre octobre 2022 et avril 2023, les ayants droit ont transmis une quarantaine de saisines à l'Arcom, représentant un total de 166 noms de domaine, qui ont été notifiés aux fournisseurs d'accès à internet », indique ainsi l’Arcom dans son communiqué.

Une conséquence directe de l’accélération des procédures arrivée en 2021. En effet, il est possible depuis de saisir l’Arcom pour faire bloquer des sites reprenant le contenu d’autres sites déjà bloqués. En clair, les miroirs. Le régulateur semble satisfait des progrès réalisés à ce sujet, pointant que le « blocage des sites initiaux a permis de diminuer l'audience des galaxies visées de 23 % entre octobre 2022 et mars 2023 ». Pour rappel, on nomme « galaxie » le site d’origine et l’ensemble de ses miroirs.

Le téléchargement direct, toujours un problème

L’Arcom a au moins une grosse épine dans le pied : le téléchargement direct. L’Autorité note une profonde différence dans la chasse aux sites miroir, selon qu’il s’agit de sites de streaming ou de téléchargement direct.

Dans le premier cas, « il n’existe pas de « marques » fortes de sites de streaming illicites et ceux-ci, une fois bloqués, n’arrivent pas à se renouveler par la création de nouveaux sites à l’occasion des mesures de blocage successives. La conjugaison des blocages du juge et de l’Arcom est très efficace et a permis de stopper les activités des services de streaming visés, comme frenchstream ou cpasmieux ».

En revanche, dans le second, les sites s’adressent à des « internautes plus technophiles » et se répliquent rapidement. Cette fois, il existe des marques fortes, implantées depuis des années, pouvant « quasi instantanément après leur blocage, créer de nouveaux sites miroirs et en diffuser le nom de domaine ». Les mesures actuellement déployées sont « insuffisantes » face à des services comme wawacity, zonneannuaire ou zonetelechargement.

Dans tous les cas, la lutte contre les sites miroirs va s’intensifier durant le deuxième semestre. L’Arcom dit avoir mis en place son modus operandi, seul manquerait la montée en régime.

Les habitudes de consommation évoluent

Vues par le prisme de l’Arcom, les tendances de consommation des contenus audiovisuels ont de quoi réjouir. Selon le régulateur, presque un internaute sur deux (46 %) abandonne l’idée de visionner un contenu illicite après être tombé sur un site bloqué. 6 % tentent quand même de contourner les mesures de blocage, via des DNS alternatifs, VPN, ou « d’autres solutions gratuites, à la licéité douteuse ».

35 % continuent tout de même leur recherche de contenu illicite en passant simplement par d’autres services. 6 % se tournent même vers des services illicites payants.

Mais le chiffre qui intéresse véritablement l’Arcom, ce sont les 7 % d’internautes qui non seulement font demi-tour, mais se dirigent en plus vers une offre légale payante. Ce qui permet à l’Autorité d’affirmer que les mesures de lutte contre le piratage ont un réel impact sur les habitudes de consommation.

S’agissant d’un premier bilan officiel de l’Arcom, on comprend ce besoin d’afficher « des résultats prometteurs ». D’autant plus quand l’Autorité insiste sur la montée en puissance à venir, car il reste manifestement du travail.

Arcom piratage

Le mois dernier, 15 % des personnes âgées de 15 ans ou plus déclaraient ainsi avoir consommé des films ou des séries de manière illégale sur internet. Il s’agit d’une moyenne, dont le détail est très fluctuant. Chez les 15-24 ans par exemple, le chiffre s’envole à 38 %. Le chiffre baisse ensuite au fur et à mesure que l’on grimpe dans les tranches d’âge : 30 % chez les 25-34 ans, 14 % chez les 35-49 ans, et 5 % chez les 50-64 ans.

Dans l’actuelle population des internautes, toujours selon l’Arcom, 53 % des personnes déclarent connaitre les mesures de blocages ciblant les sites illicites. Là encore, ce n’est qu’une moyenne, suivant la même courbe que précédemment : 72 % chez les 15-24 ans, 67 % chez les 25-34 ans, 48 % chez les 50-64 ans et 38 % chez les plus de 65 ans. Curieusement, l’Arcom ne donne pas tout à fait les mêmes tranches d’âge dans les deux cas.

Plus globalement, 38 % des internautes ayant consommé des contenus illicites disent avoir été directement confrontés à une mesure de blocage. 29 % n’en ont pas rencontré, mais déclarent connaitre au moins une personne y ayant été confrontée, et 34 % n’y ont pas été confrontés et ne connaissent personne dans ce cas. Ces chiffres proviennent d’une étude de Médiamétrie réalisée sur un échantillon « représentatif de 2 000 personnes » au cours des six derniers mois.

Une campagne de sensibilisation dès la mi-juin

Samedi dernier, alors que débutait le festival de Cannes, l’Arcom en a également profité pour dévoiler les lignes directrices d’une vaste campagne de sensibilisation devant débuter le 15 juin. Elle a été présentée par Olivier Henrard, directeur général du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) et Denis Rapone, membre de l'Arcom. Même la MPAA était là, puisque son PDG, Charles Rivkin, participait.

Dans le communiqué officiel qui s'est ensuivi, on peut voir plusieurs exemples, en fonction du canal qui sera visé : TV/cinéma, radio et réseaux sociaux. Les contenus se veulent décalés, avec un angle assez humoristique.

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Écrit par Vincent Hermann

Tiens, en parlant de ça :

Sommaire de l'article

Introduction

Le téléchargement direct, toujours un problème

Les habitudes de consommation évoluent

Une campagne de sensibilisation dès la mi-juin

Commentaires (15)


sarbian Abonné
Le 23/05/2023 à 14h 55

Hors France les films sont disponibles légalement sur les plateformes de streaming quelques mois avec leurs sorties. Ici on doit attendre entre 6 (si on paye Bolloré) et 18 mois. Forcement quand un film est disponible uniquement en piratant il y a plus de chance qu’il soit piraté…


eglyn Abonné
Le 23/05/2023 à 15h 06

Curieusement, l’Arcom ne donne pas tout à fait les mêmes tranches d’âge dans les deux cas.




Il manque également les 34-49 ans :‘(



Et ils classent comment les gens qui sont à la fois sur du licite et de l’illicite ?


eb303 Abonné
Le 23/05/2023 à 15h 41

”… déclaraient ainsi avoir consommé des films ou des séries de manière illégale sur internet.” Donc tu pirates un film ou une série, tu es dedans, même si tout ce que tu visionnes d’autre est légal. Du coup, ça ratisse large, en supposant que les gens soient honnêtes là-dessus…


Kazer2.0 Abonné
Le 24/05/2023 à 08h 27

J’ai mieux, ils classent comment ce qui font licitement de l’illicite ?



Parce que je paye un abonnement pour du contenu que je dois pirater sur Amazon Prime car leur DRM me bloque sur du HD, donc obligation de recourir au “piratage” pour la qualité que je paye (d’ailleurs je me demande si ça ne rentre pas dans l’une des case, copie privée j’en doute mais du droit à faire péter les DRM / protection à la copie dans le cadre de l’intéroperabilité vu que je suis sur Linux).


Le 23/05/2023 à 16h 23

“Consommation illégal de films” mdr c’est pas de la drogue, et c’est pas illégal. Ce qui est illégal c’est la contrefaçon de film, c’est à dire se fournir un fichier numérique contenant la représentation d’une œuvre copyrighté en dehors des marchants qui ont les droits.


Mihashi Abonné
Le 23/05/2023 à 17h 32

Pourquoi ils mettent « contournement » avec « abandon » et pas avec « solution illicite » ?



Et sinon, rien sur le P2P ? (C’est pas pour moi, c’est pour un ami :transpi:)


Etre_Libre Abonné
Le 24/05/2023 à 07h 33

Les abonnements Fibre Pro sont laissés en paix, apparemment… :ouioui:


Kazer2.0 Abonné
Le 24/05/2023 à 08h 27

Etre_Libre

Les abonnements Fibre Pro sont laissés en paix, apparemment… :ouioui:


Me semble que ça a toujours été le cas, pour ça qu’il y a autant de seedboxes chez Kimsufi :transpi:


Totor94 Abonné
Le 23/05/2023 à 20h 14

Autant je trouvais que le CSA avait une légitimité sur le contrôle de “diffusabilité” de certains contenus, autant la HADOPI m’a toujours fait rire. Jaune, je précise, car on gaspille de l’argent public pour donner un boulot à ses potes/famille/amis et pour soutenir moralement les grosses multinationales dont les contenus sont de toute façon largement rentabilisés par ailleurs.



Si j’ai bien compris, c’est maintenant le CSA qui doit légitimer le gaspillage de la HADOPI sous couvert d’un nouveau nom pour celle-ci, tellement elle était ridicule. Il faut croire que “l’utilité” de la chose n’a pas changé s’ils commencent à justifier leur existence en expliquant qu’ils on réussi leur job de rabatteurs pour 7% des CONsommateurs.



Quant aux 46% qui “ont abandonné”, je les considère comme ayant un comportement très sain. C’est une réaction naturelle face à l’accès à un contenu trop cher pour ce que c’est et dont on n’a de toute façon pas besoin. C’est finalement le meilleur retour de bâton pour les “majors” et consorts.


CaiRve Abonné
Le 24/05/2023 à 05h 23

et pour info, wawacity, zonneannuaire et zonetelechargement, c’est la même chose, c’est la même db derrière, juste qu’un malin a racheté un nom de domaine à la fermeture des vrais et a juste reskiné ^^


pamputt Abonné
Le 24/05/2023 à 13h 25

Donc si on reprend les chiffres, parmi tous les internautes qui consomment du contenu « illégal », 38 % sont rencontré une mesure de blocage. Et parmi ces 38%, on a d’un côté 6% qui payent pour du contenu illégal et 7 % qui paient pour une solution légale.



Donc en combinant les probabilités, ça nous donne 0.38 x 0.07 = 2,7 % des pirates qui finissent par payer du contenu légale.



Peut-on me rappeler combien ça coûte aux contribuables toutes cette machinerie ? Ah, en 11 ans d’existence, la HADOPI avait déjà coûté 82 M€. Va-t-on continuer encore longtemps cette gabegie budgétaire ?


Le 25/05/2023 à 09h 48

sarbian a dit:


Hors France les films sont disponibles légalement sur les plateformes de streaming quelques mois avec leurs sorties. Ici on doit attendre entre 6 (si on paye Bolloré) et 18 mois. Forcement quand un film est disponible uniquement en piratant il y a plus de chance qu’il soit piraté…




:cap:



Il m’est très fréquent de ne pas trouver d’offre légale pour certains films (ou séries).
Dernier exemple en date, la série red Dwarf n’est pas disponible à l’achat en fullHD avec sous-titres français.
(de même pour des épisodes spéciaux de doctor Who, non disponibles à l’achat physique.)


yvan Abonné
Le 25/05/2023 à 15h 46

Totor94 a dit:


et pour soutenir moralement les grosses multinationales dont les contenus sont de toute façon largement rentabilisés par ailleurs.




Si tu regardes l’effondrement de l’industrie de la musique ce n’est pas vrai. Et ça fait très peur à toutes les autres industries culturelles de vivre la même chose, sachant que ce sont les indés qui meurent en premier… et les artistes (ceux qui veulent faire de l’art par exigence intellectuelle plutôt que de développer une marque et des goodies en utilisant l’art comme produit d’appel disons)



A vrai dire les coûts de production de contenu audiovisuel ne se seraient pas effondrés grâce au numérique qu’on pourrait probablement parler d’effondrement, mais culturel, pour notre époque.



Ce sont des questions très complexes politiquement je trouve.


Le 26/05/2023 à 17h 51

Pas de statistique cette fois sur le nombre de recommandations envoyées…



Dommage, pourtant sur la période, j’ai du explosé les compteurs :fr:


darkweizer Abonné
Le 29/05/2023 à 07h 40

pamputt a dit:


Donc si on reprend les chiffres, parmi tous les internautes qui consomment du contenu « illégal », 38 % sont rencontré une mesure de blocage. Et parmi ces 38%, on a d’un côté 6% qui payent pour du contenu illégal et 7 % qui paient pour une solution légale.



Donc en combinant les probabilités, ça nous donne 0.38 x 0.07 = 2,7 % des pirates qui finissent par payer du contenu légale.



Peut-on me rappeler combien ça coûte aux contribuables toutes cette machinerie ? Ah, en 11 ans d’existence, la HADOPI avait déjà coûté 82 M€. Va-t-on continuer encore longtemps cette gabegie budgétaire ?




Pas mieux ! Ce n’est pas 7% des consommateurs qui se tournent vers du licite mais bien 7% de 38% :cap: ! Autant dire rien du tout.
Le chiffre à retenir pour moi surtout, c’est le 64% des personnes qui ne sont absolument jamais confronté à blocage de site ! Donc qu’une très grande majorité de personnes qui cherchent du contenu illicite le trouve sans contrainte aucune.